Les humanitaires face à de multiples défis
Alors que les ONG tentent de répondre à des besoins toujours plus immenses, leur action se heurte à une succession d’obstacles qui entravent leur capacité à remplir leur mission, alerte dans cette tribune Frédéric de Saint-Sernin, directeur général délégué d’Acted, organisation partenaire du Forum mondial Normandie pour la Paix.
En 2024, près de 300 millions de personnes dans le monde ont eu besoin d’une aide humanitaire. Derrière ce chiffre vertigineux se cachent des réalités dramatiques : le nombre de personnes en insécurité alimentaire sévère a plus que doublé en trois ans. Les crises se prolongent : sur 82 pays nécessitant une assistance humanitaire, 44 l’étaient depuis au moins cinq ans. En 2023, plus de 122 millions de personnes ont été déplacées de force à cause des violences et des persécutions – deux fois plus qu’il y a dix ans ! Conflits, catastrophes climatiques, instabilité économique, crises politiques et sanitaires sont autant de facteurs qui se combinent, plongeant des millions de personnes dans une grande vulnérabilité.
Dans ce contexte, les ONG humanitaires tentent de répondre, chaque jour, à des besoins toujours plus immenses. Mais leur action se heurte à une succession d’obstacles qui entravent leur capacité à remplir leur mission.
Pour les acteurs de la solidarité internationale, plusieurs défis doivent être relevés :
• Tout d’abord le défi financier. Aucun projet humanitaire ou de développement n’est réalisable sans des soutiens financiers qui sont insuffisants et même sérieusement en baisse. A la mi-2025, selon les Nations unies, seulement 12 % à 13 % des besoins estimés à 45 milliards de dollars [39 milliards d’euros] pour les programmes humanitaires ont été levés. Les ONG sont ainsi très dépendantes de la volonté des bailleurs et de nombreuses crises sont malheureusement invisibilisées en raison d’une faible médiatisation ou des priorités stratégiques des Etats.
• Les défis logistiques sont également considérables. Intervenir dans une zone sinistrée ou en guerre, c’est d’abord affronter l’inaccessibilité : routes détruites, aéroports inutilisables, infrastructures anéanties. Dans les jours suivant un séisme, chaque heure compte, mais l’accès est souvent impossible. Dans les conflits armés, les entraves sont aussi politiques : l’aide humanitaire peut être bloquée, détournée ou instrumentalisée. Les risques de corruption sont réels.
• A ces difficultés s’ajoutent des défis sécuritaires croissants. En 2024, 383 travailleurs humanitaires ont été tués. Ce chiffre illustre une réalité insoutenable : porter secours est devenu, dans trop de contextes, une activité dangereuse bien qu’indispensable et vitale. La protection physique et mentale des travailleurs humanitaires ne doit pas être mise de côté.
• N’oublions pas également le défi de l’environnement et de l’impact écologique. Il est essentiel de prendre soin de la planète si l’on veut protéger les hommes qui y habitent. Or les opérations humanitaires sont souvent énergivores (achats de kits, camions, déplacements, etc.). Il est aujourd’hui important de limiter son impact carbone et de repenser le modèle en tenant compte de la dimension écologique.
• Enfin, soulignons les défis de la coordination entre les ONG et avec les acteurs locaux, de pérennisation d’une réponse sur le long terme, d’éthique, de justice et d’impartialité de l’aide, que peuvent entraîner certaines interventions (renforcement des inégalités, tensions). Autant de questions qui rendent les réponses humanitaires complexes et avec ses enjeux propres. Etre humanitaire, c’est avant tout s’adapter continuellement à des contextes changeants ainsi qu’à une multiplicité d’acteurs. Cela fait la richesse et la difficulté de l’engagement.
Ainsi, face à un nombre de personnes de plus en plus touchées par des crises aux visages multiples, la mobilisation de tous est essentielle pour permettre aux ONG de continuer à sauver des vies.
Frédéric de Saint-Sernin, ancien député et cadre de l’UMP (désormais Les Républicains) et ex-secrétaire d’Etat à l’Aménagement du Territoire de Jacques Chirac, est directeur général délégué d’Acted.
La tribune de l’OBS. Source
Quand un pays s’appauvrit il y a moins de dons on préfère aider autour de soi. D’autre part certains pays estiment que les ONG font du néocolonialisme et emprisonnent même leurs collaborateurs (par exemple le Mali ou le Burkina).