Ces élus devenu le guichet unique des colères ordinaires
« Quand on regarde de loin le village, la ville, on peut se dire que tout va bien. Le maire reste l’élu préféré des Français l’acteur de confiance dans les villes de plus de 5000 habitants. On a 64% des satisfactions à l’égard de son maire.
Ils profitent de ce que j’appelle l’éclipse du politique. Les gens se disent que les élus nationaux n’améliorent pas leur situation et ne sont plus à l’écoute.
Par contraste le maire paraît en position de force ». Mais avec Brice Soccol « nous expliquons dans notre livre (1) à quel point c’est une victoire à la Pyrrhus. On a senti la solitude de ces urgentistes territoriaux face à toute une série de problèmes et cette éclipse du politique fait qu’il y a des éléments de défiance qui contamine le local ».
C’est-à-dire ?
« Il y a une exigence citoyenne jamais vue. Les citoyens sont devenus des consommateurs, utilisateur de services publics. Ils disent j’y ai droit, je paye, alors que dans les faits avec la suppression de la taxe d’habitation beaucoup ne payent plus rien. Quand on regarde les trois déterminants du vote aujourd’hui ce sont : la sécurité, l’accès aux soins, la dette.
Trois sujets nationaux qui nécessitent des politiques publiques relevant de l’État régalien. Mais comme ces problèmes sont de moins en moins traités nationalement, ça ruisselle négativement sur l’échelle locale. Les maires des grandes villes peuvent encore faire une illusion en arguant qu’ils sont mis en place une police municipale ou créer une maison de santé, aménager les centres-villes…
Mais le maire de moyenne ville donne un peu le spectacle d’une forme d’impuissance. Très souvent il n’a pas les moyens parce qu’on a baissé ces dotations, supprimé la taxe d’habitation.
L’intercommunalité est bien acceptée mais pour une petite ville, un village cela signifie perdre en autonomie. Le maire est plus fragilisé que par le passé. Il est devenu une sorte de guichet unique des colères ordinaires ».
Tous les maires sont-ils concernés de la même manière ?
« Quand on regarde les trois déterminants du vote dont je vous ai parlé Il n’y a pas de différence selon la taille de la commune. Il y a une sorte de nationalisation des attentes. Cela dit, alors qu’ils ont peut-être moins de moyens, les maires des petites communes s’en tirent mieux parce qu’ils jouent l’ultra proximité. Les habitants voient qu’ils font le maximum. Dans un média audiovisuel, on voyait un maire qui attendait depuis des semaines un financement pour réhabiliter un centre communal. Finalement il a repeint le bâtiment avec son beau-frère ».
Propos recueillis par J-M. L. – Le Dauphiné 19/11/2025
- « L’écharpe et les tempêtes : face aux maires, la défiance inattendue ? ». Fréderic Dabi (directeur général de l’IFOP) et Brice Soccol. Ed. de l’Aube.
Oui une triste évolution. Le citoyen est devenu consommateur c’est triste à constater