Apparait seulement ?

Questions à Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités

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Les Français les plus aisés se sont-ils enrichis au cours des vingt dernières années ?

« Oui, et de manière extrêmement importante. Le ministère des Finances montre qu’en 2022, ils gagnent près de 500 000 euros de plus par an par rapport à 2003. C’est spectaculaire. Si l’on se concentre sur-une période plus récente, de 2016 et 2022, le revenu moyen des 0,1 % les plus aisés a bondi de 56 % contre 7 % pour les 90 % les moins aisés. »

Comment expliquer une telle progression ?

« La moitié des revenus de ces ménages provient de leur patrimoine financier, contrairement au reste de la population dont les revenus proviennent majoritairement des salaires. Ils placent des sommes colossales sur les marchés financiers qui sont nourries notamment par les profits des entreprises. Ils ont donc profité de la forte rentabilité des actions, des obligations ou encore des fonds de pension. »

Quelles réformes fiscales ont contribué à cet enrichissement ?

« Depuis 2017, la politique fiscale leur a été très favorable. La mise en place en 2018 par le gouvernement d’Emmanuel Macron du prélèvement forfaitaire unique (baptisé flat tax), qui s’applique aux revenus du capital, a permis aux ménages très aisés de voir leur taux d’imposition baisser. La suppression de l’impôt sur la fortune et son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière en 2018 leur a également été bénéfique. Plus récemment, en février, a été instaurée une nouvelle exonération d’impôt pour les dons familiaux qui servent à financer l’achat d’un logement neuf ou la rénovation d’un logement ancien. Ces mesures ont surpris et parfois choqué, car elles sont en décalage avec le discours de la campagne présidentielle de 2017, qui mettait en avant l’égalité des chances et la valorisation du mérite. »

Les Français sont-ils plus nombreux à souhaiter une contribution renforcée des plus riches ?

« Le niveau d’enrichissement des plus aisés ces dernières années, apparaît indécent à beaucoup de Français. D’autant que, comme le montrera jeudi le rapport du Secours catholique, la pauvreté progresse en France. Ce contraste est trop grand et il nourrit des tensions. On a besoin d’une redistribution plus ambitieuse. Or, les responsables politiques, qui sont drogués aux sondages, s’arc-boutent contre toute hausse d’impôts, par crainte d’en payer le prix électoral. Pourtant, les baisses d’impôts n’ont jamais rendu populaire !
Exemple avec la suppression de la taxe d’habitation qui n’a pas profité à Emmanuel Macron.
La taxe Zucman rejetée à l’Assemblée nationale allait dans le bon sens, mais restait insuffisante. Et elle risquait même d’exonérer une partie des ménages aisés de l’effort de solidarité. Ce qu’il faut désormais, c’est repenser en profondeur la fiscalité et organiser une sorte de « Grenelle » sur le sujet dans le but de mettre en place un effort fiscal juste et largement partagé. »


Lu dans Le Dauphiné Libéré – Semaine 47


Une réflexion sur “Apparait seulement ?

  1. bernarddominik 24/11/2025 / 8h18

    Indécent, c’est le moins qu’on puisse dire

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