Le courage de la lucidité

Deux ans déjà.

Deux ans que les destins d’Israël et de Gaza ont basculé dans l’horreur. Il est à craindre que l’esprit qui a présidé à la création d’Israël — ce creuset de tolérance et de démocratie qui fit longtemps sa fierté — n’en soit durablement affecté.
Certes, nul ne sait encore si le plan de paix proposé par Trump et accepté par Netanyahou, qui implique la fin des hostilités à Gaza, constitue un vrai espoir ou un nouveau leurre. Il ne masque malheureusement en rien cette triste vérité : en Israël, le camp de la paix, celui qui croit encore à la solution à deux États, est devenu plus que minoritaire, tandis que le projet messianique d’un « Grand Israël » et l’idée d’une annexion pure et simple de la Cisjordanie et de Gaza, colonisent chaque jour davantage les esprits.

Et pourtant elles existent encore, en Israël comme dans la diaspora, les voix dissonantes qui refusent de céder au piège de la haine et de la vengeance. Au printemps, Delphine Horvilleur, avait choisi de briser le silence dans un texte remarqué où elle réclamait l’arrêt des combats à Gaza et parlait de « faillite morale » de l’Etat israélien.

Sa prise de position, qui a soulagé nombre de juifs français ne se reconnaissant plus dans la politique d’Israël, lui a aussi valu de vives critiques au sein de la communauté juive. La rabbin s’en explique, avec une rare sincérité, en défendant l’impératif de la nuance : « La difficulté pour la rabbin que je suis est que je dois accompagner mon peuple dans la consolation et la quête de sécurité auxquelles il a pleinement droit et, simultanément, je dois l’accompagner dans son questionnement sur lui-même, dans sa possibilité de critiquer le gouvernement du seul Etat-refuge dont il dispose. »

Ainsi va le débat aujourd’hui en France : à l’heure où les esprits se polarisent à l’extrême, il faut de la lucidité et du courage, quand on est soi-même juif, pour condamner la politique d’éradication des Palestiniens menée par le gouvernement Netanyahou.

Nous avons initié [Nl Obs], en 2024 et 2025, une correspondance entre une jeune étudiante palestinienne, Tala, et une étudiante israélienne, Michelle. Ces deux jeunes femmes, que tout séparait et qui n’auraient jamais dû se parler, se sont confiées des mois durant sur leurs vies, leurs peurs et leurs espoirs.

De ce dialogue inédit est né un livre, « Nos cœurs invincibles », que nous coéditons avec Flammarion : un récit bouleversant et d’une profonde humanité, preuve vivante, deux ans après le 7-Octobre, que la paix n’est et ne sera jamais un vain mot.


Cécile Prieur. Le Nl Obs (Extraits). N° 3185. 02/10/2025


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