Bayrou, le nouveau Mendès-France ?

Quelques éléments de réponse aux commentateurs,
s’il faut souligner l’absurdité de leurs comparaisons.

Un des signes de la médiocrité de la classe politique française est la légèreté avec laquelle certains personnages, au fond assez ternes, sont comparés par les commentateurs à des géants. Ciotti serait de Gaulle ; Villiers, un mélange de Bernanos et de général de Charette ; Mélenchon, la réincarnation de Robespierre. Le pire étant que, le plus souvent, les intéressés y croient.

Dernière baliverne en date, la comparaison faite entre ­Bayrou et Pierre Mendès France (PMF), après le discours du Béarnais sur la dette et le train de vie excessif des boomers comme des retraités. Quelle similitude entre les deux hommes ? Le courage, paraît-il, le sens de l’État au prix du sacrifice personnel, la volonté de parler vrai aux Français. Cela ne tient pas debout.

Pour commencer, l’un est un homme de droite ; l’autre est resté fidèle toute sa vie à une gauche progressiste et réformiste. Quand Bayrou parle budget, son modèle n’est pas le sous-­secrétaire d’État au Trésor du Front populaire, qui fut aussi ministre de l’Économie à la Libération.

Bayrou est dans la droite ligne de Paul Reynaud revenant sur la semaine de 40 heures, d’Antoine Pinay, de Maurice Petsche, c’est-à-dire des conservateurs qui veulent un État dont le mantra est qu’un sou est un sou et que, si on n’a pas la chance d’être riche, il faut faire avec ce qu’on a.

PMF était keynésien, il s’est opposé, à Bretton Woods, aux exigences américaines, il a évolué du radicalisme vers un socialisme inspiré par Blum et Jaurès. Pour faire bonne mesure, dès les années 1960, il pointait du doigt l’évolution possible du Marché commun vers une technocratie qui dicterait à la France ses choix économiques et sociaux, au besoin contre l’intérêt national.

Échelles différentes

Ce n’est pas non plus faire injure aux qualités intellectuelles de Bayrou, ni déprécier sa carrière politique, que de rappeler combien PMF fut confronté dans sa vie à des enjeux et des périls face auxquels il dut faire des choix, dont un engageait sa vie – le choix de la Résistance – et dont d’autres – parmi lesquels la fin de la guerre d’Indochine et l’avancée du Maroc et de la Tunisie vers l’indépendance – se heurtèrent au mur de haine que lui vouaient ses ennemis de droite et d’extrême droite, les gens d’Action française et de Vichy, puis les Tixier-Vignancour, Pierre Poujade et Jean-Marie Le Pen, pour qui il n’était que « le Juif Mendès », usurpateur du patronyme « France ».

François Bayrou, heureusement, n’a jamais eu à affronter une telle adversité. En ces temps de résurgence de l’anti­sémitisme, il est bon de rappeler que PMF, dont le patriotisme était incontestable, vécut à une époque où le fait d’être juif, même athée, était davantage un frein à l’exercice du pouvoir qu’aujourd’hui. Engagé dans le dialogue israélo-palestinien dès les années 1970, partisan d’une solution à deux États qui ne sacrifierait rien à la sécurité d’Israël, il avait largement un temps d’avance sur la diplomatie de l’actuel gouvernement, et beaucoup plus de discrétion dans son action pour que les belligérants moyen-orientaux se parlent.

Comparer Bayrou à Mendès à cause d’une supposée intransigeance commune, d’une stature d’homme d’État comparable, est une facilité. Historiquement, de surcroît, le ministre de la période de la reconstruction, le président du Conseil de la IVe République, a participé à la réussite de ces Trente Glorieuses dont les boomers, qui sont ses enfants, sont aujourd’hui désignés par le Premier ministre comme les responsables de notre faillite économique.

Fermons le ban : PMF était une grande conscience de gauche, Bayrou finira sans gloire, et d’ailleurs sans déshonneur non plus, puisqu’il ne fait qu’exécuter un énième coup de poker perdant du président de la République.


Jean-Yves Camus. Charlie Hebdo. 03/09/2025

L’avis de B.H.

Un sou est un sou, surtout lorsqu’il sort de la poche d’un autre : le contribuable. Oui, j’aimerais que nos présidents (République, Sénat, Parlement) nos ministres et plus globalement nos élus soient plus parcimonieux dans l’utilisation des fonds publics. Ces maires qui vont en hôtel 5* au frais de la commune, ces présidents régionaux départementaux d’agglo qui font des voyages d’étude en Polynésie au frais du contribuable, ces présidents qui font faire des études ou des sondages à des instituts appartenant à des soutiens financiers, ces milliards donnés à l’Ukraine et dont une partie va dans les poches des amis de Zé, ces cadeaux faits à des distributeurs d’électricité qui ne produisent rien, ces ventes des fleurons de notre industrie à des géants américains allemands chinois etc moyennant une commission à de faux intermédiaires, ces autoroutes concédés pour pas grand-chose…. et ce n’est qu’un petit bout des combines.


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