Une volonté affichée…

… les valeurs de la charte de l’ONU, adoptée en juin 1945, sont ouvertement rejetées par le président des États-Unis.

Le monde de 1945 semble s’effacer sous nos yeux…

Le 8 mai 1945, le IIIe Reich capitule. Dans son éditorial pour le quotidien résistant « Combat », Albert Camus dit l’essentiel au sujet de la guerre qui prend fin : « Pendant cinq années, des millions de combattants ont dû démontrer, au milieu du carnage, qu’il ne se pouvait pas qu’un seul homme prît la liberté pour lui aux dépens de tous les autres.  » Quatre-vingts ans plus tard, cette tyrannie s’exerce à nouveau. En Ukraine, l’autocrate Vladimir Poutine mène une guerre sans merci pour reconquérir tout ou partie d’un territoire naguère annexé par l’Armée rouge de Staline. Au cœur de l’Europe, les bombardements de Kiev rappellent les dévastations de la Seconde Guerre mondiale. Et sur le front du Donbass, des dizaines de milliers de soldats ukrainiens se sacrifient « pour affirmer sans trêve une liberté sans cesse contestée » dont Camus faisait le tragique moteur de l’histoire.

Paix, démocratie et droits humains… Les valeurs de la charte de l’ONU adoptée à San Francisco en juin 1945 sont désormais ouvertement rejetées par le président des Etats-Unis lui-même. Trump trahit ses prédécesseurs Roosevelt et Truman, promoteurs d’un nouvel ordre mondial sous protection américaine pour contenir la menace totalitaire soviétique. Il prétend, lui, conclure un « deal » avec l’ancien agent du KGB devenu despote de Moscou et conspue les Européens, alliés traditionnels de l’Amérique, qu’il qualifie de « profiteurs ». Quand il ne menace pas d’annexer le Canada, nation souveraine qui a perdu plus de 45 000 hommes lors de la Seconde Guerre mondiale. Imposé par son administration, le retour au protectionnisme des années 1930 tourne le dos au libre-échange privilégié par Washington depuis 1945. Sa guerre commerciale, si elle se confirme, ne peut qu’augmenter le risque d’une guerre tout court.

Un monde s’efface sous nos yeux

Le monde de 1945 semble s’effacer sous nos yeux. La liquidation de Gaza en rétorsion aux attentats terroristes du 7 octobre 2023 dissipe les dernières illusions du sionisme. Né pour protéger les rescapés de la Shoah, l’État d’Israël se mue en bourreau. Quatre-vingts ans après la libération des camps de concentration, son premier ministre Benyamin Netanyahou et son ex-ministre de la Défense Yoav Gallant sont sous le coup d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

En France, comme le rappelle notre dossier spécial, l’esprit de 1945 fut résolument progressiste. Il s’agissait de rebâtir sur de nouvelles bases un pays exsangue après quatre années d’Occupation et partiellement détruit par les opérations militaires de la Libération. La clé du redémarrage ? Un consensus forgé dans la Résistance. Cette année-là, gaullistes, démocrates chrétiens, socialistes et communistes firent front commun pour relancer le pays. Sous l’impulsion de l’État et grâce au triptyque nationalisations, planification et réformes sociales. Qu’en reste-t-il ? Les Français d’aujourd’hui vénèrent le précieux héritage de la « sécu » alors créée par ordonnance dans une relative indifférence : leurs aïeux de 1945 étaient d’abord préoccupés de remplir leurs cabas et de voir revenir les prisonniers.

Malgré les pénuries de l’époque, cette année d’intense transformation suscite aujourd’hui une véritable nostalgie. La droite y voit surtout la restauration d’une France souveraine sous le haut patronage du général de Gaulle, la gauche, la naissance d’un État-providence protecteur et le centre, une preuve – s’il en fallait – de son utilité politique. Faut-il tenter de ressusciter cette « union nationale » ? Autant que faire se peut. Mais l’effort indispensable pour faire face aux enjeux globaux de la défense, de la révolution numérique et de la transition énergétique ne saurait se concevoir qu’à l’échelle de l’Union européenne. Une construction qui, elle aussi, débuta, aux lendemains de la guerre, par la convergence douanière de la Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg. En visite à Bruxelles, le 11 octobre 1945, le général de Gaulle entrevoyait déjà « l’espoir que pourrait apporter, un jour, au monde entier l’association de tous les peuples de l’Europe ». Esprit de 1945, réveille-toi !


Sylvain Courage. Édition du 30/04/2025


Une réflexion sur “Une volonté affichée…

  1. bernarddominik 23/08/2025 / 9h33

    Certains amalgames un peu osés. Poutine n’est pas Hitler et Zelensky se maintient au pouvoir en reportant éternellement les élections. Les choses ne sont pas si simples. Quant au décret qui a créé la sécurité sociale il n’était pas exempt d’arrière pensées dont on paie le prix fort aujourd’hui.

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