« Les Etats-Unis sont aujourd’hui une démocratie défaillante, voire un régime hybride où coexistent des dispositifs démocratiques et autoritaires », estime la spécialiste de l’autoritarisme, Natasha Lindstaedt.
« Envahie par des gangs violents, des criminels assoiffés de sang, des bandes de jeunes déchaînés, des maniaques drogués et des sans-abri ». C’est le portrait sombre de Washington – largement contredit par les statistiques officielles qui ne constatent pas de hausse des crimes et délits dans la capitale américaine –, qu’a dressé Donald Trump en début de semaine.
Par cette mesure, l’objectif de Donald Trump n’est pas de combattre l’insécurité, mais de museler son opposition pour renforcer son pouvoir personnel ; cette nouvelle annonce s’inscrit dans une stratégie de démantèlement de la démocratie américaine, motivée par ses aspirations autocratiques, comme le souligne pour « le Nouvel Obs » Natasha Lindstaedt, politologue américaine, spécialiste des régimes autoritaires à l’université britannique de l’Essex.
- La décision de Donald Trump repose-t-elle sur une base juridique ?
Natasha Lindstaedt Washington abrite les principales institutions du pays et dispose donc d’un statut politique unique la rendant moins autonome et plus perméable au contrôle fédéral. Elle est donc une cible de choix pour Donald Trump, qui peut mettre à exécution ses menaces sans être inquiété, et ce, malgré l’opposition de la maire Muriel Bowser.
Le président peut recourir à une section de la loi sur l’auto-gouvernance de la ville [Home Rule Act of 1973], lui permettant de contrôler la police locale pour une durée maximale de 30 jours en cas de « circonstances exceptionnelles à caractère d’urgence ». Une durée que le Congrès peut décider de prolonger, sur demande du président.
- Lors de sa conférence, Donald Trump a visé d’autres municipalités comme New York ou Chicago… toutes dirigées par des démocrates. Est-ce cela qui le pousse à viser ces villes en particulier ?
Absolument. Il ne s’en prendrait jamais à une ville ou à un Etat dirigé par un républicain qui lui est fidèle. C’est typique des autocrates. Ils sont confrontés à une opposition souvent concentrée dans les grandes villes. […] Les autocrates attaquent donc ces villes, en leur refusant des financements ou bien en usant de la force. Comme c’est le cas ici, à l’aide de la garde nationale qui est un corps armé, notamment déployé en cas de catastrophe naturelle pour sécuriser les citoyens – et non pour les réprimer…
Les habitants de Washington n’ont pas émis de demande particulière allant dans le sens de la décision prise par Trump. Mais ils constituent la circonscription électorale des États-Unis la plus favorable au Parti démocrate.
Le district essaie d’obtenir plus d’indépendance vis-à-vis du pouvoir fédéral et le président y est très impopulaire… Voilà pourquoi il s’en prend à sa population. D’autres villes démocrates pourraient également être visées. En juin dernier, à Los Angeles (démocrate), le président avait déjà déployé la garde nationale pour mater les émeutes contre ses mesures anti-immigration… […]
- Donald Trump est-il un « autocrate en herbe » comme l’affirment certains de ses opposants ?
Oui, sans aucun doute. Donald Trump admire les autocrates et veut leur ressembler. Il veut un pouvoir sans aucune contrainte, dictatorial, qui lui permettrait de conclure des accords rapidement. Les institutions, les règles, les lois constituent pour lui une nuisance. D’ailleurs, il ne tient pas les dirigeants libéraux en haute estime, même s’il entretient de bonnes relations avec Emmanuel Macron ou Keir Starmer, parce qu’ils ont compris ce qu’il aimait entendre.
Il a rencontré Viktor Orban, qui a été consulté par la Heritage Foundation, le think tank réactionnaire à l’origine du « Project 2025 » sur lequel se fonde son programme politique. Le gouvernement hongrois, qui a endigué la liberté de la presse et manipulé les circonscriptions électorales, constitue un modèle pour lui.
D’ailleurs, de quoi parle-t-on aujourd’hui aux Etats-Unis ?
Du découpage électoral du Texas, qui pourrait mettre à mal l’opposition démocrate lors des prochaines élections… […]
Propos recueillis par Elodie Nandal. Le Nl Obs (extraits).
Lorsque le Malfaisant des USA parle de « gangs violents, parlerait-il de lui et de sa clique ? 😉
Bien répondu A.M.R..
Amitiés. Michel