Jalousie

Vous vouliez revoir la maison…
Nous primes le sentier des chèvres.
Le beau soleil de la saison
Couvrait d’or les coteaux de Sèvres.

Nous fùmes, en moins d’un instant,
 Aux terrasses abandonnées.
Pourquoi vous complaisiez-vous tant
Aux souvenirs d’autres années

Moi, sur les murs j’ai cru, partout,
 Voir passer l’ombre d’une idole.
 Serait-elle encore debout ?
Cela m’a coupé la parole.

mon passé j’ai mis le feu
Et j’en ai dissipé la cendre ;
Vous nourrissez toujours un peu
L’incombustible salamandre.

Chaque jour je vous tends en vain
L’eau qui fait perdre la mémoire,
Vous prenez bien la coupe en main,
Mais vous ne voulez pas tout boire.

Tant qu’il en reste au fond du cœur
L’amour ancien remonte aux lèvres
 Vous, expliquez-vous ma rancœur,
Maintenant, aux coteaux de Sèvres ?


Clauduis Popelin Recueil « Poesie complete (1889) ». Ed Hachette /BNF


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