SFR à vendre…

… une bonne ou une mauvaise nouvelle ?

L’opérateur téléphonique SFR devrait bientôt être en vente : c’est la conséquence première de la décision judiciaire rendue lundi 11 aout 2025 sur la restructuration de la dette faramineuse de son actionnaire, Altice France.

On repasserait ainsi de quatre opérateurs français (SFR, Bouygues Télécom, Orange et Free) à trois, comme avant l’arrivée de Free en 2012.

Ce serait une mauvaise nouvelle, affirme Olivier Gayraud pour l’association de consommateurs CLCV: « Quatre opérateurs, c’est le bon équilibre : vous avez des batailles d’offres, des batailles de prix, et des abonnements intéressants pour le consommateur. Avec un opérateur en moins, la situation concurrentielle ne sera plus la même : il faut se souvenir que la concurrence était assez faible avant l’arrivée de Free, les politiques tarifaires n’étaient pas très agressives ».

1732 euros par an

Et la téléphonie représente un poste de dépenses non négligeable pour les ménages. Selon l’Arcep, l’autorité de régulation du secteur, les forfaits téléphones coûtent en moyenne 28 euros par mois – à quoi il faut ajouter l’abonnement Internet (en moyenne 35 euros) et les abonnements télévisuels (11 euros). En comptant plusieurs abonnements de télécommunications par ménage, le coût moyen s’élevait à 1732 € par an, selon une étude de l’UFC Que Choisir en novembre 2020.
Oui, mais « les prix cumulés des abonnements fixes et mobiles sont les plus bas d’Europe, en moyenne deux fois inférieurs à ceux du Royaume-Uni et de l’Allemagne, rétorque la Fédération française des télécoms. Les services télécoms, dont l’indice des prix a encore baissé de cinq points entre 2023 et 2024, contribuent ainsi à redonner du pouvoir d’achat aux ménages ».

Bel argument en faveur d’une forte concurrence, assurée par le maintien de quatre opérateurs.

Or les trois concurrents de SFR se réjouissent déjà de se partager la dépouille de la filiale d’Altice : si l’on partage un gâteau en « trois parts » plutôt qu’en « quatre parts », « normalement, les parts sont un peu plus grosses », a ainsi déclaré sans ambages le directeur général de Bouygues lors de la présentation des résultats de groupe, fin juillet.

L’Europe plaide aussi, avec les récents rapports de Mario Draghi et Enrico Letta pour une « consolidation » du secteur des télécoms, en clair la constitution de grands groupes européens — donc moins d’entreprises dans chaque pays. « Les États-Unis ont trois acteurs nationaux présents dans cinquante États. Nous en avons près de cent cinquante dans vingt-sept pays », déplorait l’ancien commissaire européen Thierry Breton — cela sans parler des opérateurs chinois. L’enjeu est d’avoir la taille suffisante pour pouvoir financer les investissements nécessaires aux mutations du numérique – 174 milliards d’euros d’ici 2030, selon Enrico Letta.

Le gouvernement balance

Alors, priorité aux consommateurs ou aux entreprises (et leurs employés) ?
Le gouvernement français hésite.

Le ministre de l’Industrie Marc Ferracci — se dit attentif à la capacité d’investissement des opérateurs français, mais prétend en même temps éviter « des hausses de prix trop significatives ». Pas simple comme un coup de fil.


Francis Brochet. Le Dauphiné. 05/08/2025


Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.