Villepin et hier la privatisation des autoroutes

Nous entrons dans une période où les propositions-programmes émanant des partis organisés ou d’individualités politiques s’inscrivent dans la perspective de toutes prochaines échéances électorales. Celles de Lucie Castets sont à étudier tout autant que d’autres propositions si l’on veut se faire une opinion en connaissance de cause. MC
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S’il trépigne d’impatience de se glisser dans le costume du « père de la nation », ardent « garant de la stabilité nationale », Dominique de Villepin est d’abord celui qui, il y a une vingtaine d’années, a tranquillement bradé les joyaux de la République.

Chaque fois que vous devez vendre un de vos enfants aux sociétés d’autoroute pour passer les fêtes dans la belle-famille, n’oubliez pas à qui vous le devez : Villepin lui-même. C’est lui, alors Premier ministre de Jacques Chirac, qui a, en 2005, parachevé la privatisation du réseau autoroutier via un système de concessions privées.

Un système très, très bon marché. Selon les calculs de nos confrères de Marianne, le groupe Vinci, alors déjà propriétaire de 25 % du réseau Autoroutes du Sud de la France (ASF), a bénéficié d’un prix d’ami, soit 51 euros par action, pour acquérir 50 % supplémentaires. Le tout… sans aucun appel d’offres.

La privatisation complète menée par Dominique de Villepin à cette période se fera pour un montant particulièrement bas :14,8 milliards d’euros. « Mon client Eiffage était prêt à payer 40 % de plus », affirme une source, conseil du groupe de BTP, à Marianne.

Au nom de quoi ?

Cette affaire, revenue dans le débat public à la faveur d’une commission d’enquête sénatoriale diligentée en 2020, est assez étrange pour que le sénateur centriste Vincent Delahaye s’interroge : « Un des lots – qui était le plus important – a aussi été attribué à Vinci sans concurrence. Vinci a soumis une offre moins élevée que le prix minimum fixé pour les deux autres lots qui faisaient l’objet d’une concurrence plus vive, ce qui témoigne, semble-t-il, d’un problème de procédure… » Mais il en faudra plus pour déstabiliser l’étalon présidentiable : « La procédure était dans les clous », jure-t-il.

D’ailleurs, rien de tout ça n’est vraiment de sa faute – les concessions du réseau autoroutier s’inscrivent « en réalité dans une histoire longue, marquée par le tournant de 2001, avec l’ouverture du marché autoroutier » et la nécessité de respecter le « droit européen„ : Dominique de Villepin était pieds et poings liés, contraint de « se conformer aux exigences de la Commission européenne, qui était favorable à l’ouverture à la concurrence ».

D’ailleurs, « quand nous héritons de la situation, en 2005-2006, c’est presque trop tard ». Presque ?

La défense sous forme de déni total de Dominique de Villepin donnerait presque de l’aplomb aux déclarations d’un autre homme politique, ex-ministre de l’Économie, Bruno Le Maire : « Nous nous sommes trompés », a-t-il simplement admis lors de son audition, le 22 mars 2023. Et de préciser que « l’État a cédé les concessions des sociétés d’autoroutes dans des conditions exagérément favorables aux sociétés privées ». Une déclaration qui compte, puisque, en 2006, Bruno Le Maire n’était autre que… le directeur de cabinet de Dominique de Villepin. Autant dire qu’il sait de quoi il parle.


Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo. 09/07/2025


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