60 ans après, l’inégalité bancaire persiste

Il y a soixante ans, la loi du 13 juillet 1965 permettant aux femmes mariées d’ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur mari entrait en vigueur.

En 2025, si heureusement « la situation s’améliore », comme l’explique l’historienne Sabine Effosse, « on n’est pas encore au point d’équilibre ». Car en parallèle du long combat pour l’égalité dans la loi et dans les règles, commencé bien avant 1965 et que l’on peut prolonger jusqu’à la loi Rixain de 2021, se joue celui de l’évolution des pratiques, difficile à gagner.

« Nous savons qu’aujourd’hui les projets portés par des femmes sont moins financés que ceux des hommes », déclarait la semaine dernière à l’Assemblée nationale la ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes Aurore Bergé, évoquant dans la foulée des échanges en cours sur le sujet avec la Fédération bancaire française (FBF).

La disparité est aussi visible dans la détention de produits d’épargne : les femmes détiennent moins de contrats d’assurance vie et moins d’actions d’entreprises cotées en Bourse que les hommes.

Les freins autour de l’épargne sont très anciens et profondément ancrés dans notre société. Si les femmes ont pu déposer leurs économies à la Caisse d’épargne et de prévoyance dès le début du XIXe siècle, elles ont par exemple dû attendre plusieurs décennies pour pouvoir les retirer sans l’accord de leur mari, ce qui souligne une réelle incompréhension des mécanismes d’autonomie financière qui touchent encore de nombreuses femmes aujourd’hui.

Il faut néanmoins « trouver les moyens d’embarquer les femmes » et de développer leur connaissance financière, complète Virginie Chauvin, associée du cabinet d’audit Forvis Mazars, qui ajoute que des initiatives spécifiques, telles que des ateliers éducatifs et des programmes de mentorat, pourraient permettre d’améliorer cette situation, en offrant des outils pratiques et en favorisant une culture de la confiance dans la gestion des finances personnelles.

Des inégalités aussi de l’autre côté du guichet
L’inégalité dans les pratiques du secteur se voit également de l’autre côté du guichet, sur la photo des premiers cercles des équipes dirigeantes des grandes banques françaises, puisqu’aucune n’a jamais été dirigée par une femme.

En effet, lors des réunions des actionnaires réunis en assemblée générale, nous constatons qu’aucune femme ne figurait parmi les candidats à la succession du patron du Crédit Agricole à la fin de l’année dernière. Dans le premier cercle du pouvoir de BNP Paribas, bien que l’équipe ait été élargie à six personnes, aucune femme ne fait partie de cette gamme restreinte de dirigeants. Ce constat soulève des questions sur la répartition des rôles et des opportunités au sein d’une profession qui, pourtant, est à 57 % féminine selon la Fédération bancaire française (FBF).

La ravissante ironie réside dans le fait que, alors que le pourcentage de femmes dans le secteur est relativement élevé, ce chiffre décroît de manière significative à mesure que l’on gravit les échelons hiérarchiques. Les femmes semblent se heurter à un plafond de verre, ce qui soulève des interrogations sur les mécanismes en place qui perpétuent ces inégalités.
Comme l’a souligné l’historienne Sabine Effosse, « L’argent est un rapport de force. Il y en a forcément un qui perd un peu de son pouvoir » dans une phase de rééquilibrage. Cette dynamique de pouvoir est cruciale, car aujourd’hui, la bataille se joue sur des questions d’investissements, d’accès au financement et des rôles de pouvoir dans un secteur économique en constante évolution.

Face à ces défis, il est essentiel pour les femmes de revendiquer une place équitable dans ce domaine toujours dominé par des figures masculines. Cela nécessite non seulement une prise de conscience collective, mais aussi des actions concrètes pour favoriser la diversité et l’inclusion au sein des instances décisionnelles. En fin de compte, la question de l’égalité des sexes dans les institutions financières ne concerne pas seulement les femmes, mais elle revêt une grande importance pour l’ensemble de la société, car elle influence les investissements, les décisions économiques et la manière dont le pouvoir est exercé dans notre monde contemporain.


D’après un quotidien régional


Une réflexion sur “60 ans après, l’inégalité bancaire persiste

  1. bernarddominik 17/07/2025 / 8h25

    Il y a des domaines où la disponibilité est essentielle, les postes liés à la continuité de l’activité notamment, personne dans les médias ne parle de ça pour la simple raison que les journalistes ne sont jamais confrontés à ce problème. Or en 43 ans d’activité professionnelle, j’ai pu constater que les femmes sont moins disponibles, ce n’est pas un refus, mais les contraintes familiales, mais aussi féminines. Un patron n’est pas là pour modifier la société (et le peut-il ?) mais pour faire marcher son affaire. Quand un poste impliquant de choisir quelqu’un qui viendra dépanner un dimanche, ou validera un dossier urgent avec le Japon un jour férié, il choisira celui qui a montré sa disponibilité et de fil en aiguille, on retrouve surtout des hommes aux comités de direction. J’ai connu des femmes compétentes, mais qui ne répondaient jamais aux appels du service de production, un choix de vie. Elles n’ont jamais été promues à des postes demandant des réponses immédiates.

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