C’est un scandale politique et judiciaire, une affaire de trafic sexuel qui continue d’empoisonner la vie politique américaine. Elle a pris une nouvelle tournure avec la publication d’un article du Wall Street Journal faisant état de liens de proximité embarrassants entre Donald Trump et Jeffrey Epstein.
Débat :
Marie-Cécile Naves, politiste, directrice de recherche et directrice de l’Observatoire « Genre et géopolitique » à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS)
Corentin Sellin, spécialiste des États-Unis, professeur d’histoire en classes préparatoires au lycée Carnot à Dijon, chroniqueur pour Les Jours.
Malcolm Biiga, chroniqueur spécialisé dans la politique américaine au Nouvel économiste, consultant
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- Le président américain y a répondu, en annonçant la publication de nouveaux documents et en attaquant le Wall Street Journal en diffamation. Et en égratignant au passage les journalistes, les démocrates et même certains républicains…
Marie-Cécile Naves : « Trump avait promis, pendant les élections, de dévoiler les documents concernant l’affaire Epstein, et aujourd’hui rien ne sort. Cela alimente un complot au sein même de l’écosystème MAGA. De plus, la Maison blanche gère extrêmement mal cette crise : pour la première fois depuis très longtemps, Donald Trump – qui adore feuilletonner, transformer la politique en série avec épisodes – ne maîtrise rien. Il apparaît d’autant plus fragilisé et insulte même ceux qui le soutiennent« .
- Pour la première fois depuis le début de son second mandat, Donald Trump semble être sur la défensive, rattrapé par des théories du complot qu’il a lui-même contribué à propager.
Corentin Sellin : « Quand on parle de la frange conspirationniste, on pense surtout à la mouvance QAnon qui a développé depuis 2016 des théories selon lesquelles Donald Trump devrait affronter une cabale mondiale menée par des élites qui commettraient des crimes pédophiles. Dans le cadre de ce récit, l’affaire Epstein venait s’intégrer. Seulement, avec le soupçon porté sur Donald Trump, ce récit ne fonctionne plus : ne ferait-il pas lui-même partie de cette cabale ?«
- Pourrait-il s’en retrouver fragilisé ? Que nous enseigne cette affaire sur la polarisation du champ politique aux États-Unis et la place qu’y occupent les rumeurs et autres fake news ?
Malcolm Biiga : « Donald Trump a son moment ‘Watergate’. Depuis 50 ans, le peuple américain a vécu différentes ruptures de confiance envers le gouvernement fédéral. (…) Donald Trump qui se considérait comme un outsider des cercles politiques de Washington, qui se considérait comme un outsider de la présidence, est lui-même président et empêtré dans une affaire où la transparence et la confiance du peuple est remise en cause.«
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La lettre IRIS N° 975 juillet 2025