L’outrecuidant Retailleau…

« Il cherche à saturer le débat politique autour de sa personne »
selon Yves Sintomer,

Ce texte correspond à une partie de la retranscription de l’entretien ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour le regarder en intégralité.

France Télévisions : Bruno Retailleau a décrété la fin du macronisme, fustige la diplomatie des bons sentiments à l’égard de l’Algérie et entretient la menace de quitter le gouvernement. À quoi joue le ministre de l’Intérieur ?

Yves Sintomer, professeur de sciences politiques à l’Université Paris 8 : Je crois qu’il cherche d’abord à saturer le débat politique autour de sa personne et de ses propositions, donc à s’imposer.

Alors est-ce qu’il est en tête pour 2027 ?

Évidemment. Tout cela renvoie à une « pré-pré-campagne » présidentielle qui vise à s’imposer comme le candidat le plus en vue du socle commun qui soutient aujourd’hui le gouvernement.

Alix Bouillaguet, chroniqueuse politique franceinfo : Il ne faut pas oublier qu’il a une double casquette. Il est ministre le lundi, chef des Républicains le mardi… Donc il a besoin de donner des gages un peu à tout le monde, notamment aux Républicains. Régulièrement, il doit refaire entendre sa petite musique. Il l’a fait sur les énergies renouvelables. Il le fait sur le budget. Il le fait sur l’Algérie. Il est comme ça. Il est obligé de marcher un peu sur deux pieds. Mais, il ne fait pas autre chose que ce qu’a fait Nicolas Sarkozy en son temps, quand il était lui aussi patron de l’UMP et ministre de l’Intérieur. Et Nicolas Sarkozy, ça lui a plutôt réussi, puisqu’il a été candidat et victorieux à la présidentielle. Il se met juste dans les pas de l’ancien président de la République.

Bruno Retailleau fustige tout de même le « en même temps » d’Emmanuel Macron. Est-ce qu’il ne fait pas la même chose en ce moment, en jouant justement ce double jeu, avec cette double casquette ?

Yves Sintomer : C’est-à-dire que le « en même temps », c’est la gauche et la droite. Du point de vue de Bruno Retailleau, ce n’est pas du tout ça. Le « en même temps », ça serait entre le socle commun qui soutient le gouvernement, et puis agiter des thèmes qui, traditionnellement, étaient plutôt ceux du Rassemblement national. Il cherche à élargir son assise vers l’extrême droite et à apparaître dans cet espace assez réduit entre la gauche et le Rassemblement national, comme la personne qui pourrait s’imposer à la fois dans son camp, dans un premier temps, et éventuellement dans un deuxième temps face probablement au candidat ou à la candidate du Rassemblement national.

Alix Bouillaguet : Je pense que Bruno Retailleau n’a pas tout à fait tort en disant que dans le « en même temps », il y a une forme d’impuissance. C’est vrai que sur le papier, c’est louable, c’est bien de prendre les meilleures idées de droite, les meilleures idées de gauche. Sauf que quand on regarde dans le détail, Emmanuel Macron a réussi à créer un parti, lais qui est toujours resté un bloc composite. Il n’a jamais réussi à unifier ça, à en faire presque un parti de coalition où on avance ensemble. C’est vrai qu’en ce sens, Bruno Retailleau n’a pas tout à fait tort sur la question de savoir si le macronisme survivra à Emmanuel Macron.

Yves Sintomer : Je crois que la majorité des citoyennes et des citoyens français pensent que cela a été un échec. Et l’impopularité, à la fois du président de la République, du Premier ministre et du gouvernement, le montre. Objectivement, on peut voir que ça n’a pas marché, au sens où le centre élargi n’a pas réussi à casser les clivages préexistants qui reviennent. En disant cela, M. Retailleau fait un bilan que beaucoup de personnes peuvent partager. Je pense que ce n’est pas le président de la République qu’il vise, mais plutôt des concurrents potentiels à l’intérieur même de ce socle.


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FranceInfo. Source


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