Le charme de l’absurde.

… cartésien passé votre chemin, doux rêveurs, c’est pour vous…

Les pas perdus

Arrivant du quai fleuri, une voix déclara sans ciller : c’est bon, on arrête. J’étais imprécis et sourd alors ça ne m’inquiéta pas. La foule s’agita dans la gare, je me demandai ce qui se passait négligemment.
J’achetai une bouteille de Coca à la machine Selecta.

Dans un ordinateur non formaté, on avait trouvé des mouches. Elles pondaient leurs œufs sur des microprocesseurs en aluminium, paraissait-il. Désormais la salle des machines serait soumise une fois par semaine à une vaporisation ardue d’insecticide. Mesure préventive.

On pêchait à la ligne sur les voies ferrées, à cette époque. Avec du fil de nylon et des éclats de chips. Pour ne pas gâcher les miettes et, qui sait, attraper un gros poisson.

Une dame couverte d’un chapeau rouge en feutre aux bords larges de deux mètres environ portait sur les yeux une paire d’œufs au plat qui lui obstruaient évidemment la vue.
À chacun de ses pas, elle manquait de tomber et les perruches qui nichaient sur les bords de son chapeau étaient à deux doigts de vomir.
Fort heureusement, la foule était bien massée, malgré l’agitation (ou à cause d’elle), et la dame se heurtait toujours à ses voisins avant de trébucher, de telle sorte qu’elle pouvait tenir debout quelle que fût l’épaisseur des œufs au plat qui l’aveuglaient.
Elle n’eut pas l’occasion de voir le chien affamé lui sauter au visage.


Arthur Teboul. Recueil « Le Déversoir ». Ed Seghers


Ne vous est-il jamais arrivé de laisser partir vos pensées au-delà de l’événement lorsque vous attendiez trop longtemps une personne, qu’un train stoppé en pleine campagne redémarre, que l’on espère être dépanné alors que vous êtes en panne de voiture à la tombée de la nuit, sur un de ces chemins de campagne peu passagers… Votre esprit n’a jamais divagué pendant ces longs moments, soyez sincère ! MC


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