Après quinze ans de pouvoir sans partage, le Premier ministre hongrois est aux abois. Distancé dans les sondages par son rival, Péter Magyar, il se trouve face à une situation économique dégradée et un isolement européen qui s’accentue.
[…] Depuis le début de l’année, la Hongrie bascule dans un autoritarisme décomplexé qui révèle, selon l’opposition, un régime aux abois. […]
- Le 15 mars 2025, jour de la fête nationale, le leader populiste comparait, lors d’un discours glaçant, les ONG et les plateformes d’opposition à des « punaises de lit » nécessitant un grand « nettoyage de printemps ».
- Le 6 juin 2025, son gouvernement publiait un décret interdisant l’affichage de symboles évoquant les minorités sexuelles sur les bâtiments publics.
Un autre projet de loi visant à sanctionner les médias « financés depuis l’étranger » cible ouvertement les médias indépendants comme 444, Telex et Partizan, dont l’audience va croissant depuis deux ans. - Toute entité considérée comme « menaçant la souveraineté de la Hongrie » ou critiquant des valeurs constitutionnelles telles que « la primauté du mariage, de la famille et des sexes biologiques » pourrait se voir frapper d’amendes et de l’impossibilité de bénéficier de donations.
- Sur le plan international, Viktor Orbán poursuit ses assauts, ouverts ou clandestins, contre les institutions européennes. Mais la patience de l’UE s’épuise face à la politique de veto automatique de la Hongrie sur des sujets aussi cruciaux que le soutien à l’Ukraine, l’Etat de droit et les sanctions internationales.
Viktor Orbán, qui gouverne sans partage depuis 2010, fait face à une pression inédite sur le plan intérieur. Alors que les progrès économiques étaient un pilier de sa propagande, son bilan apparaît, avec quinze ans de recul, de moins en moins flatteur dans un pays qui reste douloureusement dépendant des hydrocarbures russes (plus de 80 % des importations énergétiques). Depuis 2010, les prix de l’immobilier ont été multipliés par trois, la part des dépenses sociales a continuellement baissé et la monnaie nationale, le forint, n’a cessé de s’affaiblir face à l’euro. Selon Eurostat, la Hongrie connaît l’un des taux d’émigration les plus élevés de toute l’Europe centrale et orientale : près de 700 000 Hongrois ont quitté le pays depuis 2010, dont une majorité de moins de 35 ans, au sein d’une population qui a reculé à 9,5 millions.
Le pays a aussi battu des records d’inflation en 2022 et 2023 (plus de 15 %).
« Orbán est plus affaibli sur la scène intérieure qu’il ne l’a été depuis deux décennies », analyse Róbert László, du think tank hongrois Political Capital Institute. […]
Timothée Vilars. Le Nouvel Obs (Courts extraits). N° 3170. 26/06/2025