La gauche doit rester de gauche

Chloé Ridel. Députée européenne et porte-parole du PS sous pose à l’idée que la gauche devrait prendre un tournant « poste – sociétal ».

C’est indéniable : en Europe et dans le monde, l’extrême droite engrange les succès électoraux. Identitaire et conservatrice sur le plan « culturel », elle est libertarienne sur le plan économique, prônant la réduction des dépenses publiques et des impôts qui les financent.

Ce programme — dont l’horizon est le Far West post-humain des géants de la « tech » — est à l’antithèse de ce qu’ont montré les crises des dernières années, soit un besoin de puissance publique plutôt qu’un individualisme forcené.

Les défis du XXIe siècle appellent un retour des forces progressistes. Mais celui-ci tarde à venir. Pour que la gauche retrouve le devant de la scène, il faudrait, nous dit ce rapport de la Fondation Jean-Jaurès, coordonné par Renaud Large, qu’elle devienne « post-sociétale » ou conservatrice.

Cette voie ne me semble pas la bonne. Le terme de « gauche sociétale », d’abord, me pose un problème, tant il a été brandi par ceux qui critiquaient les combats féministes et antiracistes, les considérant comme secondaires. Or, ces batailles pour la dignité sont bel et bien des luttes sociales, et une certaine gauche a tort de les minimiser.

Le genre ou la couleur de la peau ne remplacent pas la lecture de « classe », mais s’y ajoutent. Ce n’est pas parce que la droite et l’extrême droite en font des paniques morales quotidiennes, qui contribuent à donner l’impression que la gauche ne se focaliserait que là-dessus, que nous devrions abandonner ces luttes. Nous devons tenir tous les bouts du combat.

Le terme de « gauche conservatrice » ne me convainc pas davantage.

Pourquoi reprendre le vocabulaire et les valeurs de l’adversaire ? La gauche ne battra pas l’extrême droite en épousant ses solutions ni en cédant face à ses caricatures.

Ce dont nous avons besoin, c’est une gauche qui replace le débat politique sur ses thèmes historiques : l’émancipation des classes populaire et moyenne, les salaires et les conditions de travail, la qualité des services publics, la démocratie et le pouvoir du peuple, la culture pour tous, l’impératif de construire un ordre mondial fondé sur la coopération plutôt que la compétition.

Le coût de la vie est le problème numéro un des Français. Toutes les dépenses contraintes ont explosé : logement, alimentation, transport, énergie – et les salaires ne suivent pas. La mondialisation a déséquilibré les rapports de forces capital/ travail, avec un capital de moins en moins taxé et de plus en plus concentré. L’intelligence artificielle capitalistique risque d’aggraver les inégalités, en menaçant les emplois.

La gauche du XXIe siècle doit aussi intégrer l’écologie, qui ne pourra aboutir qu’à travers le programme socialiste historique : la réduction des inégalités, la préservation et la fourniture collective des biens communs et leur gestion démocratique à travers des organisations coopératives et mutualistes.

Les Français et les Européens soutiennent à 70 % le principe d’une transition juste, qui lierait l’écologie à la lutte contre les inégalités économiques.

Enfin, et c’est là le principal point de ce dossier coordonné par Renaud Large, la gauche doit en effet cesser d’esquiver les questions de sécurité, d’immigration, et assumer son patriotisme.

 Mais elle doit le faire en portant sa vision alternative, pas en courant derrière l’extrême droite. Nous devons déployer une vision exhaustive de la sécurité, qui n’est pas uniquement répressive, car elle s’attaque aux racines de la violence à travers des politiques de prévention, d’éducation, de lutte contre la pauvreté ou les addictions.

Sur l’immigration, nous avons perdu la bataille du récit et celle du réel, mais nous pouvons reprendre la main là où l’extrême droite a montré son inanité : un monde sans migration n’a jamais existé, et les promesses d’« immigration zéro » de Giorgia Meloni se sont soldées par la délivrance de 400000 permis de travail pour préserver l’économie italienne.

Notre réponse doit consister à reconnaître que nous ne pouvons pas accueillir tout le monde, mais surtout à se donner les moyens d’une véritable politique d’intégration : par le travail, l’apprentissage de la langue et des valeurs républicaines, ainsi que par le démantèlement des ghettos urbains et scolaires. Il faut s’attaquer aux échecs réels de la politique d’intégration, tout en défendant un Etat social fort et une politique ambitieuse de lutte contre les inégalités. Cela n’a rien à voir avec une gauche conservatrice ou post-sociétale.

La réalisation de ce programme redonnera de la force à un patriotisme inclusif. Aujourd’hui, le sentiment patriotique est mis à mal chez les Français issus de l’immigration, qui continuent de subir le racisme et le manque d’opportunités, comme chez les populations précaires en zones rurales ou périurbaines, qui ont de plus en plus de difficultés à se déplacer, à trouver des emplois stables, à se soigner ou à garantir une éducation de qualité à leurs enfants.

Le patriotisme que la gauche doit porter consiste à réaliser cette promesse d’égalité et de sûreté. A défaut, l’adhésion aux valeurs républicaines et démocratiques continuera de s’éroder, et l’extrême droite triomphera.


Lu dans le Nl Obs. N° 31170. 26/06/2025


Les articles du Nouvel Obs m’ont toujours fait sourire.
Surfant sur les injonctions et contradictions mais aussi une vision de l’histoire bisounours.
On ne peut raisonner dans un pays dont la population atteint les 70 millions comme s’il en avait 20. L’idée que les migrations ont toujours existé sans tenir compte que la migration de proximité n’a rien à voir avec ce qui se passe aujourd’hui est absurde.

La migration des espagnols venus faire les vendanges, des polonais dans les mines du Nord, des italiens aux salins du Midi, était une migration de proximité, qui n’a pas été sans problème par ailleurs et en ce temps la gauche combattait ces migrations que la droite avide de main d’œuvre à bas coût favorisait.

Entre un toulonnais ou un corse et un sarde bien fort qui voyait la différence. Les plus grandes migrations ont été à l’intérieur. Aujourd’hui la gauche ne défend plus les travailleurs, si ce n’est accessoirement pour se justifier. Son programme économique pousse les ingénieurs et techniciens supérieurs à partir, et privilégier le parasitisme.

C’est un programme populaire par ses slogans, mais les classes populaires ne savent pas compter et c’est bien pour ça qu’elles ont de la peine à sortir de leur condition. Oui vendre un idéal théorique, c’est beau, mais arrivée au pouvoir la gauche se retrouve devant les vrais problèmes et incapable de résoudre l’équation promesses finances finit par un échec cuisant.

Pour résoudre le problème financiers, il faut d’abord refonder l’état en supprimant l’accessoire, il faut repenser les charges sociales en fonction de la concurrence et non plus du chômage en ne confondant plus cause et conséquence.
Il faut équilibrer les comptes sociaux en les liant aux cotisations : tu ne cotises, pas tu paies tes soins ou tu ne reçois pas de rente. Il faut donner aux assureurs les indemnités de congé maladie, ce n’est pas à la Sécurité sociale de le moraliser…
Notre système croule sous ses contradictions.

Bernard H.



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