Freiner le réchauffement climatique…

… est la priorité absolue.

Entretien avec Vincent Viguié, chercheur
Le chercheur propose des pistes pour adapter les villes aux canicules.

  • Quelles sont les spécificités des villes en cas de canicule ?

Avec le réchauffement climatique, le risque de canicule augmente. En milieu urbain, ses conséquences sont importantes du fait d’un microclimat appelé effet d’îlot de chaleur urbain, variable d’une ville à l’autre et au sein d’une même ville. À Paris, il est de l’ordre de 2 degrés supplémentaires en journée et jusqu’à 7 ou 8 degrés la nuit par rapport à la campagne environnante.

Ce microclimat a plusieurs causes. Les activités humaines – utilisation d’ordinateurs, machines à laver, fours, moteurs, climatiseurs… — génèrent de la chaleur et sont démultipliées dans une ville dense. Ensuite, il y a moins de végétation. La terre, les plantes font s’évaporer de l’eau, ce qui crée du froid.

Par ailleurs, les matériaux comme le béton, la pierre ou les revêtements des rues chauffent et stockent la chaleur. Enfin, les rues peuvent, suivant leur orientation, couper le vent.

Or, si les températures restent élevées la nuit, il est impossible pour le corps humain de se reposer, et si cela dure plusieurs jours d’affilée, cela devient dangereux pour la santé, particulièrement celle des personnes vulnérables.

  • Existe-t-il des solutions pour réduire cet effet ?

La mesure la plus importante consiste à baisser les émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial. Ce qu’on peut faire pour être moins vulnérable aux fortes températures reste limité, freiner le réchauffement climatique est la priorité absolue.

En termes d’adaptation, on sait construire des bâtiments pour qu’ils soient adaptés à la chaleur. Le défi est d’adapter l’existant. Il faut accélérer l’isolation par les murs, par des volets extérieurs en bois ou en PVC, efficaces pour limiter l’apport de chaleur du soleil, et par les toits.

Les tuiles sont assez isolantes, mais les toits en zinc conduisent la chaleur. On peut les peindre en blanc, comme à New York, pour réfléchir une partie de la chaleur, ou les végétaliser, ce qui fonctionne bien mais a un coût.

Tout cela modifie l’aspect des bâtiments. Or, dans beaucoup d’endroits, comme à Paris, c’est interdit par la réglementation sur le patrimoine historique. Ce qu’il convient de faire est de l’ordre des choix collectifs et il n’y a pas une bonne réponse, mais ce débat n’est même pas posé aujourd’hui.

  • Que peut faire un locataire, qui ne peut pas intervenir sur le bâtiment ?

Les options sont limitées, comme pour les passoires thermiques en hiver. Il est possible de mettre des stores ou des rideaux intérieurs, ou d’utiliser des ventilateurs. La climatisation, efficace pour limiter les impacts sur la santé, a des effets négatifs. Dans certains cas, comme en maison de retraite, il n’y a pas le choix de son utilisation.

Mais avec Météo France, nous avions simulé que si tout le monde utilise la climatisation en Île-de-France pendant une canicule similaire à celle de 2003, les rejets de chaleur des climatiseurs en extérieur peuvent contribuer à réchauffer les températures des rues jusqu’à 2 degrés.

Avec des effets inégalitaires pour les personnes qui vivent ou travaillent dehors. Le réchauffement climatique risque d’entraîner un effet boule de neige : ses impacts poussent à consommer plus d’énergie, donc à émettre plus de gaz à effet de serre pour se rafraîchir, ce qui l’accentue.

  • Quelles sont les possibilités à l’échelle des quartiers et de la ville ?

On ne peut pas annuler totalement l’effet d’îlot de chaleur urbain, mais les politiques de végétalisation aident à rafraîchir les températures. Il n’est jamais simple d’intervenir en ville et cela peut coûter cher, mais il y a des marges d’action, par exemple dans les cours d’école. Cela comporte aussi des intérêts en termes de qualité de vie, de biodiversité, et limite les risques d’inondation, car le sol est moins artificialisé et l’eau peut s’infiltrer au lieu de dévaler et ruisseler.

Les canicules sont particulièrement coûteuses pour les habitants et le système de santé. De nombreux domaines d’activité économique sont impactés, comme les chantiers de construction. L’évolution des réglementations pour faciliter les interruptions de chantier et la protection des travailleurs extérieurs se pose.

La productivité au travail baisse lorsqu’il fait chaud, même dans des bureaux climatisés. Se déplacer pour s’y rendre et avoir mal dormi suffisent à diminuer l’efficacité. La question est d’agir et s’adapter, ou de subir les impacts. Il y aura forcément un coût, plus ou moins important suivant la manière d’anticiper.


Propos recueillis par Jessica Stephan. Source


Une réflexion sur “Freiner le réchauffement climatique…

  1. bernarddominik 02/07/2025 / 9h54

    La lutte contre le réchauffement climatique est déjà perdue car les principaux émetteurs de gaz à effet de serre n’ont pas l’intention d’y mettre fin. Donc il faut s’adapter et les plus faibles mourront, comme la peste autrefois. La production agricole va baisser la population recevoir plus d’immigrés et donc le prix de la nourriture augmenter. La baisse du niveau de vie entraînera une baisse des dons. Et la nature fera son œuvre de régulation suivant les lois de Darwin. L’absence de choix est un choix.

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