Devenir français, ça se mérite.

Avec sa circulaire consacrée aux naturalisations des étrangers, Bruno Retailleau durcit l’accès à la nationalité française. Une politique « très, très exigeante », nous dit-il, « une rupture ». Le premier flic de France insiste sur la nécessité de mieux « connaître notre langue, connaître aussi et reconnaître l’histoire de France ».

Alors on s’est renseigné sur ce qui se faisait déjà en préfecture, histoire de vérifier que – comme beaucoup de politiciens de droite croient le savoir – les fonctionnaires filent des papiers français dans des pochettes-surprises.
Prenez le test de culture générale censé vérifier la « connaissance élémentaire » des « grands repères de l’histoire de France », des « principes et symboles des institutions » françaises, selon un décret de 1993. « Beaucoup de Français auraient du mal à passer un certain nombre des tests demandés », affirme Nicolas de Sa-Pallix, avocat spécialisé en droit des étrangers.

Florilège de questions issues de l’examen

« Qui veut gagner des papiers ? » : « Quel est le dernier pays à avoir intégré l’Union européenne ? En quelle année ? », « Combien de départements compte la France ? », « Quel est le nom du maire de votre arrondissement ? », « Pouvez-vous définir la laïcité ? », « Quel est votre écrivain du XIXe siècle préféré ? ». « Il y a bien un petit livret citoyen qui est fourni par l’administration, mais il n’est absolument pas suffisant pour passer le test », affirme l’avocat.

Cela dit, la plupart des « ajournements » de demande de naturalisation ne sont pas liés à la méconnaissance de tous les noms de ruisseaux hexagonaux. Ce que les préfectures traquent, ce sont les chômeurs. Selon notre source, aujourd’hui, il faut justifier de trois ans minimum d’insertion professionnelle, bientôt cinq avec la nouvelle circulaire. « Et que ce soit trois ou cinq ans, si vous avez été au chômage, ne serait-ce que trois semaines, durant cette période, vous êtes recalé quasiment automatiquement », ajoute-t-il.

« Insécurité fiscale »

Plus largement, c’est votre niveau de « menace à l’ordre public » dans la société française qui est scruté. Pourtant on est souvent loin de barbus radicalisés.
Nicolas de Sa-Pallix se souvient d’un client, un professeur de français « particulièrement inséré », recalé à cause d’un signalement – « pas une condamnation », précise-t-il – pour usage de stupéfiants neuf ans plus tôt.
Un autre s’est vu refuser sa demande de naturalisation pour avoir déclaré 10 euros de moins que ce qu’il avait réellement gagné. « Ils ont alors invoqué l’insincérité fiscale », soupire-t-il.

Comme lui, la défenseure des droits, Claire Hédon, affirmait sur France Info, le 6 mai dernier, que « l’acquisition de la nationalité est déjà excessivement compliquée, contrairement à ce que l’on veut bien dire […], entre le moment où les personnes déposent une demande et où il y a une réponse de la préfecture ».

Sur son bureau, les réclamations sur la question des renouvellements de titres de séjour s’empilent. « On parle là de personnes parfaitement intégrées, qui ne posent aucun problème, qui sont depuis plusieurs années en France, qui ont un emploi et qui sont mises en situation irrégulière par l’administration », ajoutait-elle.

Mais l’important, pour Retailleau, c’est bien le message qu’il envoie : « je me positionne dans la perspective de la prochaine présidentielle de 2027 ».


Yovan Simovic. Charlie Hebdo. 14/06/2025


2 réflexions sur “Devenir français, ça se mérite.

  1. bernarddominik 05/07/2025 / 17h16

    Pour moi la vraie question est celle de la capacité de la France à nourrir sa population. avec bientôt 68 millions de citoyens, en rajouter tout en ayant conscience qu’en cas de crise on ne pourra nourrir tout le monde, c’est criminel. Car comment déterminera t on qui a droit de manger et qui doit mourir de faim?

  2. raannemari 05/07/2025 / 20h39

    4 millions de tonnes de produits alimentaire encore consommables sont jetés en France chaque année.
    Avant de mourir de faim, il y a de la marge.

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.