Ils lorgnent sur l’ex siège de Renaissance…
Récemment, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours (LDS) a sollicité une visite de l’ex-siège de Renaissance : 2 800 m² situés rue du Rocher, dans le VIIIe arrondissement de Paris. Des visées immobilières qui reflètent la vaste trésorerie du culte américain.
Coincé entre deux immeubles haussmanniens, la façade noire du 68, rue du Rocher, fait tâche. Les grandes vitres fumées qui le recouvrent sont percées de rangées de fenêtres cubiques et sur le marbre sombre de l’entrée, onze lettres métallisées se détachent : R-E-N-A-I-S-S-A-N-C-E.
L’ancien siège du parti présidentiel s’étale sur six étages et un rooftop, soit 2 800 m² de bureaux, salles de conférences, cantine, etc. « Trop grand et trop excentré », avait estimé Gabriel Attal, alors fraîchement élu à la tête de Renaissance.
Sur décision du jeune premier, les macronistes sont donc partis dans le cossu VIIe, à deux pas de leurs collègues du Modem, en laissant ce temple du corporatisme vacant. Ni une, ni deux, une association un brin particulière s’est déclarée intéressée à l’achat et a sollicité une visite. Selon Le Parisien, il s’agit de l’Église de Jésus-Christ des Saints du Derniers Jours.
En d’autres termes, les mormons de Paris.
En France, comme ailleurs, les mormons détiennent un vaste patrimoine immobilier. Dans la capitale et sa banlieue proche, on compte le centre Saint-Merri dans le Marais, qui se compose de plusieurs morceaux d’un hôtel particulier. Une chapelle dans le XIXe, non loin des Lilas. Une autre à Mantes-la-Jolie. Et, surtout, leur pièce maîtresse : un immense temple au Chesnay, construit sur mesure en 2017 pour les « meilleurs fidèles ».
Autant d’infrastructures capables d’accueillir les quelques milliers de mormons de la capitale. Pourquoi vouloir donc investir dans l’immense immeuble de rue du Rocher ? « Ce n’est pas une question de place comme ont pu l’écrire certains journalistes, ronchonne Matthieu Bennasar, directeur de la communication de l’Église, mais de praticité. À Saint-Merri, les espaces sont trop fragmentés pour nos fidèles, nous avons besoin d’unité. »
D’ailleurs, pour le porte-parole épiscopal, passablement agacé par les multiples appels de nos confrères intrigués, les curieux ont tort de s’interroger sur ce potentiel rachat. « C’est comme demander à la France si elle est riche parce qu’elle a des départements : il faut bien qu’elle s’occupe des Français », peste-t-il, reconnaissant à demi-mot une comparaison « un peu triviale ».
Un ancien de Carrefour à Salt Lake City
Deuxième culte le plus fortuné derrière les catholiques selon Chrystal Vanel, docteur en sociologie spécialiste du protestantisme et de ses marges, la richesse des mormons a de quoi impressionner.
« C’est simple chez les mormons : tout s’achète comptant et sans négocier », ricane le chercheur, qui fait part d’estimations à plusieurs centaines de milliards de dollars dans les caisses de Salt Lake City, le siège historique de l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers jours (LDS). En 2023, le Wall Street journal publie une longue enquête sur les fonds cachés des mormons.
Selon le quotidien américain, l’Église investit à toute berzingue dans la pierre (construction de temples, achat de locaux, etc.) pour faire fructifier sa richesse… un peu à la manière d’un groupe du CAC 40. D’ailleurs, à la tête de la maison-mère, dans l’Utah, le Français Gérald Caussé, diplômé de l’ESSEC et passé par des grands groupes comme Carrefour ou Pomona, pilote les projets économiques en tant qu’évêque-président depuis 2014.
Pour comprendre l’origine d’un tel pécule, plusieurs raisons, nous explique notre sociologue des religions Chrystal Vanel : « Il y a, dans la religion mormone, des relents protestants de sobriété et de frugalité. » « Nous sommes une Église qui aime voir venir…», confirme le porte-parole. Peut-être le traumatisme de la fin du XVIIIe a inscrit dans la chair des mormons l’importance d’avoir des économies : en 1887, le gouvernement américain, en croisade contre les polygames, proclame la loi Edmond-Tuckers qui autorise la saisie d’une très large partie des biens mormons. « Ça a été très compliqué pour la communauté mormone à l’époque », commente Chrystal Vanel.
Le sérail de la dîme
Alors, pour ne pas se retrouver à nouveau fauchée, l’Église, comme de nombreux cultes, s’appuie beaucoup sur ses fidèles. La dîme, par exemple, est une des manières chez les mormons d’amasser des sous. Cette règle religieuse inscrite dans la Bible et présente aussi chez les juifs orthodoxes oblige les croyants à reverser 10 % de leur salaire à leur chef religieux. Plusieurs sources externes à l’organisation ont estimé que la dîme rapportait sept milliards par an à l’Église.
S’il n’est pas obligatoire de la payer pour assister au « culte du dimanche », elle est nécessaire pour accèder au cercle le plus privilégié des mormons et pouvoir, par exemple, pénétrer dans les temples, et non seulement les chapelles. Une sorte de foi à deux vitesses : celles qui peuvent se le permettre et les autres, qui attendent sur le pas de la porte.
C’est ce que nous confirme Antoine(*), 23 ans, ancien mormon, qui, durant ses études, payait sa dîme malgré un salaire modeste. « Je gagnais 950 euros par mois en travaillant dans un fast-food et la première chose que je faisais après le jour de paie, c’était payer ma dîme, même avant le loyer », raconte le jeune homme à Charlie. Il se rappelle du tabou qui entourait l’argent dans la communauté mormone qu’il fréquentait. « On savait que l’Église était riche, mais personne n’en parlait : c’était comme une règle tacite », admet le jeune diplômé.
C’est d’abord vis-à-vis des relations financières entre évêques – l’équivalent d’un pasteur ou d’un curé chez les mormons – et croyants qu’Antoine a commencé à questionner son Église. « Je m’occupais d’une petite dame très précaire de l’Église, je l’aidais avec ses démarches France Travail, elle ne touchait pas plus de 300 euros par mois. Elle était très croyante et voulait entrer au Chesnay [le temple mormon d’Île-de-France, ndlr] mais ne pouvait pas payer la dîme à cause de ses revenus. L’évêque n’a même pas voulu négocier, ça m’a heurté », raconte-t-il à Charlie.
Ensuite, sur l’opacité des comptes. « Ce que fait l’Église de l’argent récolté, personne n’en sait rien. Il y a des activités qui nous sont proposées qui peuvent expliquer une partie, mais dans l’ensemble, les fidèles ne sont pas informés des agissements financiers », explique le jeune homme. Comme quoi peu importe le culte, l’objectif reste le même : amasser un maximum de pognon.
Zoé Gachen. Charlie hebdo. 29/05/2025. Source
(*) les prénoms ou noms ont été changés à la demande des interviewers
Très malsaines ces sectes , elles font peur !
Pas à tout le monde, vu l’invitation de Tom Cruise de la secte scientologique, aux J.O. de Paris.