… un succès qui crée des embouteillages
Suggéré en 2020, entré en vigueur quatre ans plus tard : l’abaissement de l’âge à 17 ans pour passer le permis de conduire a pris du temps, mais cette mesure a depuis permis à des dizaines de milliers de jeunes d’obtenir leur précieux sésame rose. Fin 2024, la Sécurité routière enregistrait une augmentation de 33 % d’inscriptions (+72 964) au permis chez les jeunes de 15 à 17 ans.
Revenons deux ans en arrière : le 25 avril 2023, ils étaient 17 députés LR à déposer une proposition de loi visant à permettre l’obtention du permis de conduire à partir de 16 ans. « Ces jeunes qui sont sur la route, ils sont soit en scooter, soit en voiture sans permis, ce qui correspond à une formation de sept heures. Nous nous sommes dit : quitte à ce que ces jeunes soient sur la route, autant les sécuriser avec le permis de conduire, c’est plus exigeant, on a des heures de conduite, et également un permis à points », justifie aujourd’hui Justine Gruet, députée LR.
Un taux de réussite élevé
Cette proposition avait été refusée par la Première ministre de l’époque Élisabeth Borne, comme l’explique la députée du Jura : « On nous a dit que la proposition de loi n’était pas en capacité d’être mise en œuvre, car le droit européen n’autorisait pas la conduite à partir de 16 ans », ce qui est vrai. C’est finalement par un décret du 20 décembre 2023, que la Première ministre d’alors décidera d’abaisser l’âge de possible obtention du permis de conduire catégorie B à 17 ans. Le changement est devenu effectif au Pr janvier 2024. L’idée de cette mesure figurait dans un rapport de 2020, publié par Salomé Berlioux afin de « restaurer la promesse républicaine ». Dans ce document, la présidente de l’association Chemins d’avenirs avait rappelé l’importance de l’enjeu de la mobilité et sa volonté de systématiser l’accès au permis de conduire dès 17 ans.
Depuis début 2024, les effets de cette réforme sont palpables. 290 050 jeunes de 17 ans ont décidé de se confronter à l’examen pratique du permis de conduire, ce qui représente 33,7 % de cette classe d’âge. Le taux de réussite de ces très jeunes postulants au permis B est largement supérieur à la moyenne (58,3 %) avec plus de 73 % de reçus, soit 211471 jeunes qui obtiennent le diplôme. Les retombées de cette réforme ne concernent pas uniquement les jeunes des milieux ruraux ; la mesure s’est répercutée sur l’ensemble du territoire français, avec des hausses importantes d’inscriptions impactant directement la disponibilité des inspecteurs. « On a eu un impact assez fort : il y a eu davantage d’inscriptions en milieu urbain qu’en milieu rural », précise Thibault Bazin, député LR de Meurthe-et-Moselle, cosignataire de la proposition de loi.
Plus d’accidents ?
La principale inquiétude autour du permis accessible dès 17 ans était l’augmentation de l’accidentalité chez les jeunes conducteurs, Sur l’année 2024, dans le département du Rhône par exemple, l’un des seuls à fournir des données sur cette catégorie d’âge, les jeunes de 17 ans sont responsables de 12 accidents dont un mortel. Ce chiffre est largement inférieur à celui de la tranche d’âge 18-19 ans, impliquée dans plus de 1200 accidents dont 32 mortels dans le département.
D’après Thibault Bazin, cela est dû au fait que « ces jeunes qui passent le permis à 17 ans ont bénéficié de la conduite accompagnée, qui, en termes de sécurité routière, est quelque chose d’intéressant ». L’ancien ministre des Outre-mer, François-Noël Buffet, s’était félicité pour ces chiffres en février : « Ce bilan prouve qu’il est possible de concilier sécurité routière, accessibilité et autonomie pour les jeunes générations ».
Selon les chiffres du gouvernement, les accidents de la route sont la première cause de mortalité et de handicap des 18-25 ans. « C’est toute la prévention qu’il faut faire aussi sur les risques, notamment du portable au volant, de l’alcool… même si je pense que [les dangers de] l’alcool sont plutôt entrés dans les–mœurs de cette génération », affirme Justine Gruet.
Marius Laforge. Le Dauphiné Libéré. 18/06/2025