… de Trump.A 39 ans, l’architecte de la politique migratoire féroce du président américain est l’un des hommes les plus puissants de son administration
Presque tous les jours, Donald Trump les réunit dans l’aile ouest de la Maison-Blanche : Susie Wiles, sa cheffe de cabinet, alias « l’adulte dans la salle », et Stephen Miller, son chef de cabinet adjoint, conseiller sur la sécurité intérieure, sujet phare de son second mandat. Un homme de 39 ans, crâne lisse, visage anguleux et regard à l’affût, installé à deux pas du bureau Ovale. « Il n’y a personne de plus malin et de plus dur », a assuré Trump lors de son meeting célébrant ses cent jours.
Les initiés de la Maison-Blanche sont unanimes : c’est l’une des personnes les plus puissantes de l’administration. Un « cerveau », un « idéologue », « l’homme le plus dangereux d’Amérique après le président et qui, contrairement à lui, sait ce qu’il fait », selon le démocrate Jim Manley, expert en stratégie politique.
Stephen Miller a 3o ans quand il rejoint, en 2015, l’équipe de campagne du candidat républicain, où il élabore ses premières politiques dans un bureau-placard au cinquième étage de la Trump Tower. Après la victoire, il est bombardé principal conseiller et plume du président. L’architecte des lois anti-immigrants du premier mandat, le « Muslim Ban » — l’interdiction aux ressortissants de pays musulmans d’entrer aux Etats-Unis — , et la séparation des enfants migrants de leurs parents, c’est lui. Lorsque, en 2020, il épouse Katie Waldman — désormais membre de l’équipe d’Elon Musk au Département de l’Efficacité gouvernementale (DOGE) — , le mariage est célébré à l’Hôtel Trump international de Washington, en présence du président.
Resté fidèle après l’assaut du 6 janvier 2021 sur le Capitole, il prépare son retour au pouvoir : il lance le think tank America First Legal pour « s’opposer à la croisade anti-emploi, anti-liberté, anti-foi, anti-frontières, anti-police et anti-américaine de la gauche radicale », dirige le processus d’écriture des décrets et s’attelle à la grande purge de l’État fédéral et à lutte contre l’immigration.
Une décennie au service de Trump. Rares sont ceux qui revendiquent une telle longévité. L’idéologue comprend cet homme qui ressemble à son père, lui aussi investisseur immobilier abonné aux litiges et faillites… et sait que, pour durer, il faut se coucher devant le patron.
Le conseiller, opposé aux visas d’entrée H-1B pour les étrangers hautement qualifiés, contrairement à Trump, tait sa divergence. « Il reste parce qu’il est loyal envers le président, qu’il croit en lui et l’admire. Je ne l’ai jamais entendu le critiquer », avance Steven Camarota, directeur de recherche au Centre d’Études sur l’Immigration, qui connaît Miller depuis ses débuts au Capitole il y a dix-huit ans.
CROISÉ ANTI-IMMIGRATION
C’est dans les travées du Congrès, que le jeune homme, connu pour être obsessionnel, se taille une réputation de croisé anti-immigration. Conseiller d’élus prônant une ligne dure, il arrose les parlementaires de mails musclés de références à des articles d’extrême droite, et torpille un accord bipartisan facilitant l’accès à la citoyenneté des immigrés illégaux. Le sujet devient son obsession. « Au moment où le président prêtera serment sur cette bible, l’occupation prendra fin et la libération commencera », déclare Miller à la chaîne conservatrice Fox News avant l’investiture. « C’est un fanatique, il y croit vraiment, alors que Trump est surtout motivé par l’intérêt personnel », souligne sa biographe Jean Guerrero.
En meeting, il aime chauffer la foule avant l’arrivée du « boss » : « Qui va se lever et dire que l’Amérique est uniquement pour les Américains ? Un seul homme ! », s’écrie-t-il, penchant la tête comme s’il faisait craquer sa nuque, à la manière d’un lutteur. La politique migratoire féroce de Trump est marquée de son empreinte. « Sous son impulsion, l’administration a effectué un changement majeur : l’immigration et la sécurité des frontières ont été élevées au plus haut niveau du gouvernement », remarque John Sandweg, ancien directeur du service de l’immigration et des douanes.
Décrets et opérations spectaculaires s’enchaînent : expulsions et incarcérations arbitraires au Salvador, arrestation d’une juge accusée d’entraver l’interpellation d’un migrant, recours à l’armée, révocation du statut juridique des étudiants étrangers, remise en cause du droit du sol, suppression des financements aux villes sanctuaires protégeant les sans-papiers… « Il est convaincu que l’Amérique se porterait mieux sans immigrés », résume John Sandweg.
CULTURE RÉACTIONNAIRE
Comment un descendant de juifs démocrates venus d’Europe de l’Est, élevé dans le bastion progressiste de Santa Monica, en Californie, en est-il arrivé à s’en prendre à des réfugiés ? À refuser de voir dans la statue de la Liberté, qui a accueilli ses ancêtres à Ellis Island, un symbole de bienvenue ? Lors du premier mandat de Trump, son oncle David Glosser s’était dit consterné « à l’idée de ce qu’il serait advenu [à leurs ancêtres] si les politiques que Stephen épouse si froidement avaient été en vigueur ».
Dans sa biographie, « Hatemonger » (« Propagateur de haine »), Jean Guerrero raconte que le jeune Miller s’est abreuvé du « Larry Elder Show » — un animateur noir estimant que les communautés de couleur souffrent plus d’un manque d’autodétermination que du racisme.
À 16 ans, il écrit aux journaux locaux pour fustiger le « politiquement correct rampant » dans son lycée : fourniture de moyens de contraception, « encouragement » de l’homosexualité, représentation négative de l’histoire des États-Unis…
À l’Université Duke, en Caroline du Nord, où il étudie les sciences politiques, il parfait sa culture réactionnaire en côtoyant David Horowitz, « un radical de droite qui endoctrine de jeunes conservateurs », explique Guerrero. Il invite sur le campus le nationaliste blanc aux thèses eugénistes Peter Brimelow, organise une « semaine de sensibilisation à l’islamo-fascisme » et taxe de racisme les poursuites, finalement abandonnées, contre des sportifs accusés d’avoir violé une femme noire. A la fin de ses études, il part pour Washington où il se rapproche de Tucker Carlson, alors animateur de Fox News, et de Steve Bannon, à la tête du fleuron de l’alt-right, Breitbart News.
« C’est un extrémiste qui flirte avec les idées des penseurs nationalistes blancs », souligne Caleb Kief fer, chercheur au Southern Poverty Law Center (SPLC). En 2019, le SPLC révèle que, de mars 2015 à juin 2016, Miller a envoyé à Breitbart News plus de 900 mails pour que le site relaie ses thèses sur le « génocide blanc » et ses lectures, comme « le Camp des saints », du Français Jean Raspail qui imaginait en 1973 une submersion du monde blanc par des réfugiés.
Plus de quatre-vingts démocrates au Congrès demandent alors sa démission… sans succès. Le voici de nouveau aux commandes. Plus puissant que jamais.
Sarah Halifa-Legrand. Le Nouvel Obs. N° 3133. 08/05/2025
Tout comme les japonais et les européens les américains estiment que leur pays n’est plus une terre d’immigration. Et c’est ce que n’a pas compris la gauche woke, et ce qui est en train de l’enterrer.