Souvent, on imagine que la nuit préside.
Mais au fond, nous n’en savons fichtrement rien.
Voilà ce à quoi je pensais dans l’habitacle amidonné près du précipice où je logeais depuis huit ans maintenant, à contempler les astres. J’en ai fait des choses pour satisfaire les autres avant de me décider à racornir les bouts de fleurs que je ne voulais plus. Peut-être, au début, étais-je un peu cruel, c’est vrai, mais j’ai trouvé sans le savoir, dans cet appui méthodique contre les pétales, un soulagement inattendu qu’il m’a fallu absolument poursuivre.
On est tous nouveaux quelque part, que l’on nous appelle par les noms de nos ancêtres ou que l’on nous affuble de quelque sobriquet propice, qui peut faire rire ou promettre.
Quand il s’est mis à pleuvoir au bord du précipice, j’ai cessé de penser à toutes ces belles choses, déférentes et promises, pour dormir un peu.
Arthur Teboul. Recueil « Le déversoir ». E. Seghers