« Toi, tu n’es pas une vraie femme (…] On va te casser la gueule », ce sont les mots lancés à Carolina, femme transgenre, par les clients de son restaurant. Cynthia, elle, marchait avec sa compagne dans la rue lorsqu’un homme l’a frappée à la jambe.
Alexis, victime d’un guet-apens homophobe, a été menacé avec une arme blanche et dévalisé. Des témoignages compilés dans le rapport annuel de SOS Homophobie rendu public jeudi soir, qui illustrent le type de violences subies par des personnes LGBT
Les chiffres du service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), parus le même jour, sont tout aussi inquiétants : en 2024, les actes anti LGBT + ont augmenté de 5 % en France. Au total, 4 800 infractions ont été enregistrées l’an passé par la police et la gendarmerie. Un tiers d’entre elles étaient des injures ou des diffamations.
Les violences physiques et les menaces représentent respectivement près de 20 % des crimes ou délits enregistrés. Enfin, 9 % des infractions sont en lien avec le numérique.
« Une hausse préoccupante des LGBTphobies dans un climat où toutes les haines se renforcent. Mais aussi un signe : la parole se libère. Visibiliser, signaler, porter plainte, c’est commencer à briser l’impunité », a commenté sur X Mathias Ott, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT + (Dilcrah).
Seulement 4 % des victimes portent plainte
Des actes qui se produisent principalement dans les communes de plus de 200 000 habitants. Et dont les victimes sont majoritairement des hommes (plus de 70 % en 2024), dont près de la moitié a moins de 30 ans. Les agresseurs sont aussi principalement des hommes (83%) et des jeunes (53 % ont moins de 30 ans).
Si ces chiffres sont importants, ils ne reflètent pas l’ampleur des agressions subies. Car selon l’enquête de victimation « Vécu et ressenti en matière de sécurité » du SSMSI, le recours au dépôt de plainte reste extrêmement faible parmi les victimes d’actes anti-LGBT + (environ 4 %).
« Les victimes ont peur de parler et redoutent souvent d’être mal accueillies par les forces de l’ordre », explique Julia Torlet, présidente de SOS Homophobie. Or, selon la même enquête, les personnes LGBT + sont entre 1,8 et11 fois plus victimes de violences que les hétérosexuels.
Cette agressivité vis-à-vis des personnes LGBT + découle de « la banalisation d’une parole hostile, qui va du mépris jusqu’à l’agressivité. Et ce, tant sur les réseaux sociaux, dans les conversations quotidiennes, mais aussi dans la bouche de personnalités publiques », estime Julia Torlet.
Un contexte International défavorable
L’année 2024 a été notamment marquée par une campagne de cyberharcèlement en ligne avec menaces de mort à l’encontre de certains artistes ayant participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, qui incluait un tableau mettant en scène des dragqueens. Thomas Jolly, directeur artistique des JO, en a été la première cible.
Tout comme la DJ Barbara Butch, star de ce tableau. La justice française a condamné récemment certains des auteurs de ces messages. Certains athlètes ont aussi été la cible d’attaques, comme la boxeuse algérienne Imane Khelif victime d’insultes transphobes.
Lors de la campagne des élections législatives de 2024, « le contexte de la possible victoire du Rassemblement national au second tour a aussi entraîné une libération de la parole homophobe et transphobe », explique Julia Torlet. L’agression d’un jeune homme en juin 2024 qui s’était accompagnée de ces mots : « Vivement dans trois semaines, on pourra casser du PD autant qu’on veut » avait été largement commentée.
Le contexte international a aussi joué sur le climat ambiant : « Aux États-Unis, le retour de Trump s’accompagne de lois transphobes et d’interdictions de soins pour les mineurs trans. En Hongrie, les rassemblements LGBT + sont bannis. En Turquie, la Marche des fiertés est réprimée… », souligne le Planning familial. Un climat qui a renforcé le sentiment d’insécurité d’une partie des personnes LGBT+.
Delphine Bancaud. Le Dauphiné Libéré. 17/05/2025