Les médias chargés de relayer ce genre d’info gouvernementale – obsolète avant d’être étudiée – ne servent qu’à accroître temporairement l’audience d’un président désavoué ou des ministres en recherches d’existences. De toute façon, cette réforme n’apporte pas de solutions concrètes, ni éducatives, ni techniques et se heurtent a de nombreux lobbys. MC
C’est un vieux serpent de mer qui fait son retour. L’idée de réformer les rythmes scolaires. Vendredi soir, Emmanuel Macron a annoncé le lancement en juin d’une nouvelle convention citoyenne sur « les temps de l’enfant » où seront abordés les vacances et les horaires scolaires des enfants de 3 à 18 ans. Son organisation sera confiée au Conseil économique, social et environnemental (Cese) et des citoyens seront tirés au sort pour y participer.
« Il me parait nécessaire que l’on travaille à faire en sorte que l’organisation des journées de nos élèves soit plus favorable à leur développement et aux apprentissages, qu’un équilibre soit trouvé aussi pour faciliter la vie des familles », a indiqué le président au Parisien. Un sujet qu’il a abordé à plusieurs reprises, comme en février dernier, où il avait fustigé « des vacances qui sont très très longues l’été ». Une opération de communication plutôt positive pour le président, selon l’historien de l’éducation Claude Lelièvre : « C’est un sujet transpartisan qui intéresse les Français et qui lui permet d’occuper la sphère médiatique avec un thème national » ;, analyse-t-il.
Il cherche à faire diversion
Mais pour les syndicats d’enseignants, il s’agirait plutôt d’une tactique. « La copie d’Emmanuel Macron est hors sujet. Il cherche à faire diversion par rapport à l’état actuel de l’école. On a les classes les plus chargées d’Europe et un manque de professeurs », critique Sophie Vénétitay secrétaire générale du Snes-FSU.
Vouloir toucher aux temps scolaires comporte des risques. L’ex-ministre de l’Éducation Vincent Peillon, avait fini par se casser les dents sur sa réforme des rythmes scolaires, lancée en 2013, via laquelle il avait instauré la semaine de quatre, jours et demi à l’école. « Les Français étaient massivement favorables à une réforme, mais ni les parents, ni les enseignants », rappelle Claude Lelièvre.
Les collectivités territoriales avaient dû mettre en place des activités périscolaires l’après-midi, mais elles n’avaient pas toutes les mêmes moyens et cela avait créé des inégalités. La classe le mercredi avait engendré des frais de garde d’enfant supplémentaires pour les professeurs des écoles et une détérioration dé leurs conditions de travail », se souvient Guislaine David, cosecrétaire générale du SNUipp-FSU (syndicat du premier degré).
La convention citoyenne pourrait pousser à repenser l’année scolaire composée d’au moins de 36 semaines de classe et de 16 semaines de vacances. « La durée desvacances d’été est dans la moyenne européenne, mais elle est souvent critiquée. Et sur les petites vacances la France se démarque, car ces dernières sont plus longues et plus fréquentes que chez nos voisins », constate Claude Lelièvre.
Des changements sur ce point pourraient susciter l’ire des acteurs du tourisme.
Le raccourcissement de la journée de classe et l’heure du début des cours pourraient aussi faire l’objet de recommandations.
Autre difficulté : le timing pour réformer est serré. D’autant que les élections municipales auront lieu en mars 2026 et la présidentielle en avril 2027. « Ça obligerait la convention citoyenne à travailler très vite et à rendre ses conclusions en novembre. Et que des décisions soient prises pour la rentrée 2026 », anticipe Guislaine David.
Autre crainte : que la montagne accouche d’une souris. « Très peu de propositions des précédentes conventions ont été reprises. J’ai peur que cette concertation nationale serve surtout d’exutoire national sur l’école », redoute Sophie Vénétitay.
La montagne va-t-elle accoucher d’une souris ?
Au cas où la convention citoyenne suggérerait le raccourcissement de la journée de classe, les collectivités devraient mettre la main à la pàte pour organiser des activités périscolaires. « Or, elles subissent déjà des restrictions budgétaires », souligne Claude Lelièvre. Une réforme nationale et immédiate des rythmes poserait un autre problème, selon lui. « La seule façon de s’en sortir serait de proposer une réforme à géométrie variable, déclinable selon les besoins des territoires », estime-t-il.
Delphine Bancaud. Le Dauphiné. 05/05/2025