François Simon.

La vie et l’avis d’un critique gastronomique.

Y retourner… ou pas ?

« Y retournerai-je ? Cette question qui conclut toutes mes vidéos sur Instagram est devenue un gimmick et même le titre de mon dernier livre. Elle est née un soir où je dînais avec un ami dans le restaurant d’un grand chef (chez Mimosa, de Jean-François Piège). Tout était vraiment quelconque : nourriture très chère, service pas terrible. Même si je passais un moment agréable parce que j’étais en bonne compagnie, à la fin de la soirée, j’ai demandé à mon ami : « Est-ce que tu y retournerais ? » Il m’a répondu : « Non ! » Certains critiques aiment juger de la technique de l’assiette, pour eux, un restaurant se résume à l’excellence. Ça fait quelque temps que j’ai abandonné ces normes académiques. Je préfère une autre grille de lecture qui prend en compte les bonnes vibrations, les sourires, l’ambiance. Il m’arrive de donner des coups de griffe. Cela me vient d’une époque où l’on était facilement impitoyable. Souvenez-vous, Desproges, Coluche, c’était cinglant. Avoir de l’esprit, c’était être corrosif. J’en ai gardé quelques saillies, ces acidités mordantes. Mais il faut que je fasse attention, car je me suis aperçu que j’avais énormément de likes quand je dégommais une institution. Je pourrais surfer là-dessus. Ce n’est pas non plus ce que je veux ».

Avancer masqué.

« Ne pas montrer mon visage, ça n’est pas une posture, ça correspond à mon caractère. Je suis quelqu’un de timide et sauvage. L’anonymat me permet aussi de me mettre dans des conditions de travail optimale : j’ai la table près des toilettes, j’attends l’addition dix minutes. Car quand on avance avec ses titres de noblesse, on a droit à la coupe de champagne et aux meilleures langoustines. Mais les matériaux sont complètement factices. »

Rebondir sur Instagram

« Je filme tout depuis une trentaine d’années. Quand j’étais journaliste au Figaroscope, j’allais déjà au restaurant avec une caméra mini-DV grande comme la main. Quand je revenais à la rédaction avec mes cassettes vidéo en proposant qu’on mette ça sur Internet, on m’envoyait promener. Puis j’ai eu une émission sur Paris Première où je faisais des critiques en caméra cachée. Instagram, ça vient de là, de ce substrat. Vingt ans après, je récupère la monnaie de la pièce. Avec le temps, mon style s’est un peu dénudé. Mon tempo s’est ralenti. Comme les chefs qui travaillent d’abord avec précision et arrivent à un moment où ils travaillent avec justesse. À 72 ans, je pense, sans prétention, être à ce moment-là de ma vie. »


Propos recueillis par Virginie Félix. Télérama n° 3933. 28/05/2025


Une réflexion sur “François Simon.

  1. bernarddominik 29/05/2025 / 10h12

    Les restaurants étoilés, dits gastronomiques, ce n’est pas ma tasse de thé, je préfère un bbq avec des amis avec un bon vin à moins de 10€, même une simple cuisse de poulet cuite en papillote avec ail poivron estragon ou coriandre frais, c’est bien meilleur qu’un repas à quelques centaines d’euros qui occupe le quart d’une assiette. Et je ne parle pas d’une sardinade cuite au fenouil sauvage!

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