A « Elle »

J’ai cueilli et sur une branche basse d’un flamboyant, tendue à ma petite hauteur d’homme, une femme fleur, une rose écarlate et sombre équatoriale expatriée non volontaire du Sud du grand fleuve, repoussée avec fracas bien au-delà du sentier de halage.
Depuis, j’ai fait quelques pas de danse mal assurés en ses pétales, j’ai visité sans empressement et guidé par elle, le pourtour de sa corolle, puis envoûté par la fraîcheur pimentée de l’édifice, les profondeurs royales, telluriques et incandescents de son troublant pistil.
Me suis nourri de ces pollens. Avons emmêlé plus ou moins nos sèves vagabondes jusqu’à nous enivrer à nos étoles buissonnières d’entre-roulis sauvages autant que désordonnés.
Et j’espère tous les jours que le vent n’emporte pas la graine ayant germé en moi au-delà de ce qu’il m’est encore possible de parcourir pour continuer à pouvoir saisir sa tige de ma dextre, et ainsi entourer la taille du coloré bouquet, né de nos ans partagés, de mon court bras gauche étourdi…
La vie si simple quand le vent portant, qui nous roule sa musique jazzy aux hanches, se joue au large de nos caprices, son étroit courant boomerang.
L
abeille, généreuse amie gourmande de nos folies, l’élytre tendue attentive de nos sels déployés, trame sagement, à chaque aurore naissante, le creuset extendu de nos miels nouveaux…
Sagesse oblige, je ne suis bien qu’au fond de chaque alvéole sucrée de sa ruche ondoyante. Surtout quand en lingala ou en swahili, son dos et ses bras me parlent et synchronisent des gestes enfiévrés à tout venant quelques pas ou tangages de rumbas, improvisés…


Gilles Compagnon. Recueil : « Le souffleur de vers, poseur de prose ». Éd. Jacques Flament.


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