Analyses

L’assassinat d’un fidèle dans une mosquée de La Grand-Combe, dans le Gard, doit être réprimé de la manière la plus sévère, non seulement parce que toute violence doit être sanctionnée, mais aussi pour anticiper les dérapages politiques.

Car, bien évidemment, dès l’annonce de ce crime contre un musulman, ceux qui utilisent le mot « islamophobie » à tout bout de champ pour discréditer la moindre critique à l’encontre de l’islam se sont jetés sur la victime pour l’exhiber comme un trophée qui devrait, selon eux, valider leur théorie.

« L’islamophobie tue. Tous ceux qui y contribuent sont coupables », a déclaré Jean-Luc Mélenchon en guise de sentence contre les futurs insolents qui oseront la moindre contestation de cette religion. Ils seront automatiquement considérés comme des complices du crime, sans autre forme de procès. Une justice populiste, expéditive et sans appel.
Mais à l’heure où sont écrites ces lignes, il semblerait que le suspect, qui a été arrêté, soit membre de la communauté des gens du voyage. Faut-il alors faire un procès en « islamophobie » et en racisme à tous ses membres ? On voit déjà la stupidité et les conséquences funestes de ce genre de raisonnement.

Les plus prompts à qualifier ce crime d’« islamophobe » étaient, comme d’habitude, ceux qui banalisent systématiquement les dérives rétrogrades de l’islam et nient ses manifestations les plus antidémocratiques, comme l’islamisme. Le terme « islamophobe » n’a aucune valeur juridique, n’est que purement idéologique et a pour seul objectif de faire taire toute critique de l’islam.

Pour qualifier pertinemment le crime de La Grand-Combe, il suffit de lire l’article 132-76 du Code pénal qui définit les « circonstances aggravantes de racisme » : « Lorsqu’un crime ou un délit est précédé, accompagné ou suivi de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature qui soit portent atteinte à l’honneur ou à la considération de la victime ou d’un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée, soit établissent que les faits ont été commis contre la victime pour l’une de ces raisons, le maximum de la peine privative de liberté encourue est relevé ». Une circonstance aggravante sanctionnée parfois de La réclusion à perpétuité.

« Ou une religion déterminée », dit le texte, voté en 2017 après la vague d’attentats qui frappa la France en 2015, c’est-à-dire à une époque où on pouvait craindre de voir surgir un extrémiste se prenant pour Charles Martel ou Jeanne d’Arc et qui se serait cru légitime de venger les attentats en prenant des musulmans pour cible.

Le mot « islamophobie » ne permet pas de qualifier ni de condamner le crime dont a été victime ce musulman. La loi l’a déjà fait, et dans des termes plus clairs et plus honnêtes. Bien évidemment, certains politiques ne se sont pas encombrés des nuances de la loi — qu’ils ont pourtant votée — pour se livrer à la démagogie, espérant gagner les voix des électeurs musulmans aux prochaines élections. En politique aussi, La fin justifie les moyens, y compris en exploitant des crimes sanglants. À l’ignominie de cet assassinat s’ajoute celle de ceux qui espèrent en tirer profit.

Ce qui ne fait qu’amplifier le désordre qui règne dans les esprits, celui-là même qui a probablement poussé l’assassin à commettre son crime, amalgamant les musulmans à toutes sortes de fantasmes. Désordre savamment entretenu par les démagogues qui ont besoin d’exacerber les peurs, les clivages et les haines, pour exister politiquement.
Et des démagogues de cette espèce, on en trouve à droite comme à gauche. L’utilisation abusive du terme « islamophobe » illustre ce cynisme. Dans son livre Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes, Charb avait bien identifié la toxicité de ce mot et la crapulerie de ceux qui l’exploitent et l’instrumentalisent. Un mot qui, on peut le craindre, n’a pas fini de faire des dégâts dans les têtes.


Éditorial de Riss. Charlie Hebdo