Remplir la nef…

Malgré les dérives sexuelles connues, c’est : viendez zamoua les p’tits nenfants…

Selon la conférence des évêques de France, 10 384 baptêmes d’adultes seront célébrés lors de la fête de Pâques, le 19 et 20 avril 2025. Chiffre à comparer avec ceux de 2024, 7135 ou encore 5423 pour 2023. Avec 5423.

Cette information livrée sur le site du « Figaro », suscite l’enthousiasme des lecteurs de ce journal.

Parmi les commentaires qui suivent l’article, on peut lire : « Vive la Chrétienté ! », « Hosanna !!! », « Deo Gratias ! ». Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon, lui non plus, ne cache pas sa joie et y voit « un signe venu du Ciel ». Comment expliquer un tel engouement ? Jean-Baptiste Siboulet, aumônier des étudiants du diocèse de Nantes, avance une hypothèse : « Cette curiosité spirituelle – qui bénéficie peut-être de l’effet ramadan – peut aussi être une vraie expérience spirituelle ».

La présence de l’islam en France préoccupe les lecteurs du Figaro, et les plus pessimistes lâchent le morceau : « Cela n’enraie sans doute pas la poursuite de la déchristianisation en Europe, la proportion de gens se disant athées continue à croître », « OK, bon, mais les célébrations de l’Aïd-el-Fitr dans des stades surpeuplés font tout de même réfléchir, mutatis mutandis… », « Et pendant ce temps-là, des centaines de milliers de musulmans entrent en France et la façonnent à l’image de pays islamique », « Va falloir retaper des églises. Ça sera toujours mieux que les mosquées ».

Chez beaucoup de chrétiens, l’inquiétude grandit d’être un jour moins nombreux que les musulmans. On assiste donc à une sorte de bataille des religions, à défaut d’être une véritable guerre, entre le christianisme et l’islam. Une bataille de visibilité, dans laquelle chacun des deux monothéismes veut imposer sa présence dans la société.

Il y a quelques années, les locaux de Charlie Hebdo se trouvaient juste en face d’une église. Une semaine avant Pâques, on vit une procession de fidèles portant des rameaux en sortir et faire le tour du quartier. Il y avait bien longtemps qu’on n’avait pas vu un tel étalage de foi chrétienne dans les rues.

Plus tard, j’eus l’occasion de suivre pour le journal la procession du 15 août en l’honneur de la Vierge Marie, qui partait de l’église traditionaliste Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Un défilé de fidèles à l’ancienne avec étendards et bannières ornés du Sacré-Coeur. La procession prit soin de passer ostensiblement devant la Grande Mosquée de Paris, histoire de marquer le territoire et de rappeler qui était le maître des lieux.

L’espace public est redevenu un champ de bataille à conquérir, pour l’islam comme pour le christianisme. Prières de rue et femmes voilées pour les uns, processions pour les Rameaux ou pour la Sainte Vierge pour les autres. Nous assistons à un affrontement à fleurets mouchetés entre ces deux religions. Parfois, certains ne s’en satisfont plus et passent à l’acte en dégradant des mosquées, des églises ou des synagogues. Les croyants des autres religions ainsi que les athées observent cela comme un spectacle qui ne les concerne pas. Ils ont tort.

Les attentats djihadistes qui ont frappé la France et l’Europe, l’enracinement de l’islam le plus rétrograde dans certains quartiers en Belgique ou en Grande-Bretagne sont perçus comme les signes d’une offensive contre la démocratie. Jordan Bardella et Marion Maréchal se sont rendus en Israël pour faire oublier le vieil antisémitisme de leur famille politique, mais aussi pour trouver des alliés dans cette lutte.

Les chrétiens d’Europe redécouvrent leurs liens avec le judaïsme, espérant peut-être reconstituer une nouvelle Sainte Ligue, plus large que celle des monarchies catholiques du XVIe siècle, opposées à la progression de l’islam de l’Empire ottoman, et qui intégrerait Israël, confronté depuis longtemps à l’islamisme.

Cette surenchère religieuse ne peut être que catastrophique. Ce ne sont pas des records de baptêmes et des alliances avec des gouvernements suprémacistes juifs antimusulmans qui calmeront les esprits. Au contraire, chaque initiative des uns et des autres ne fait que renforcer leur détermination à s’affronter.

On espère se tromper en écrivant cela, mais tout semble se mettre en place pour qu’éclate une nouvelle guerre de Religion. À moins de faire respecter avec fermeté les principes de la République, à commencer par celui de la laïcité, on ne voit pas d’autres moyens pour empêcher cet affrontement qui vient.


Éditorial de Riss. Charlie Hebdo. 16/04/2025


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