On nous l’a rabâché : « Il va falloir se serrer la ceinture », « La France est déficitaire »...
Comme d’habitude, c’est un bon moyen pour préparer de grosses coupes budgétaires. Cette année, pour coller au budget maigrissime voulu par Matignon, le conseil départemental de la Drôme a eu une idée lumineuse : fermer les sept centres de santé sexuelle (CSS) gérés par le département, couper dans les subventions du Planning familial – à hauteur de 20 % – et, dernier clou dans le cercueil, supprimer celles des hôpitaux publics destinées à leur structure de santé sexuelle.
En clair, enterrer la santé sexuelle dans la Drôme.
Lundi dernier, la mort est constatée. Par 20 voix contre 8.
(Rappelons qu’un certain Mariton, réac déclaré, a longuement sévit dans le 26 – MC)
Quand Frédérique Clausse décroche son téléphone pour parler à Charlie, sa voix la trahit. « Se battre pendant deux mois pour arriver à ça… », souffle-t-elle, entre grands soupirs et rires nerveux. Comme un coureur en fin de marathon qui aurait chié son chrono. Car, depuis mars, cette responsable du Planning familial de la Drôme a tout tenté pour que le conseil départemental renonce à ce projet.
Deux mois de tractage, de manifs et d’interpellations de conseillers pour rien du tout. « Maintenant que c’est voté, c’est mort », assure, pessimiste, la cadre du Planning.
Il existait pourtant un moyen de sauver les CSS. Bernard Bruis, conseiller départemental et sénateur de la majorité, l’a d’ailleurs proposé : augmenter les frais de notaire. Gain : 3 millions d’euros sur l’année, contre 160000 économisés sur le dos des CSS, selon Frédérique Clausse. « Une goutte d’eau », grince-t-elle, amère. Mais l’argument n’a pas tenu.
À croire que, aux yeux du conseil, les gamines enceintes et les épidémies d’infections sexuellement transmissibles (IST) dans les collèges ne constituent pas un problème aussi important que le montant des frais pour l’achat d’une maison. La présidente LR du conseil départemental, Marie-Pierre Mouton — qui, soit dit en passant, est pharmacienne de formation — , s’est carrément enorgueillie de son budget, celui « de la responsabilité et de la vérité », a-t-elle dit. Vérité de quoi ? Une famille, c’est un papa, une maman et 12 chiards ?
« On vient quand même d’inscrire le droit à l’avortement dans la Constitution, mais comme d’hab, c’est un pas en avant et six en arrière », raille Lucie Larrouy, ex-assistante maternelle et cofondatrice du collectif citoyen Sauvons nos CSS. Au-delà du signal déplorable que cette décision envoie, la santé dans la Drôme est déjà difficile d’accès. Aujourd’hui, on compte 3,5 médecins pour 10000 habitants, alors qu’il en faudrait au minimum 1 pour 1000. Pour le Planning, il va falloir fonctionner avec moins d’argent tout en gérant les patients des sept centres fermés. En gros, « travaillez plus et gagnez moins ».
Le problème, c’est que c’est une politique du court terme », alerte la responsable du Planning familial. Car les CSS, comme le Planning, permettent d’aider, mais aussi d’éduquer, de répondre aux interrogations des jeunes qui entament une sexualité, de les orienter vers les structures appropriées. « On ne sait pas encore si ça va affecter l’accès à l’avortement, mais on va devoir restreindre tout ce qui touche à la pédagogie, réduire les accompagnements et les ateliers de prévention en milieu scolaire », avertit-elle.
Donc, pour les ados en quête d’anonymat et de conseils gratuits, c’est ciao. Et pour ce qui est de l’IVG, sur Doctolib, les délais de rendez-vous s’allongent. Deux semaines, un mois… La Drôme est déjà un terrain très fertile en médecines « douces » et « alternatives ». Bientôt le retour des faiseuses d’anges ?
Zoé Gachen. Charlie Hebdo 23/04/2025
La communication et la publicité payées par le conseil départemental de la Drôme sont bien supérieurs aux 160.000€ de subventions supprimés.
En fait les priorités des élus ne sont pas celles des citoyens
Quelle HONTE.