… retour à la réalité. Beaucoup d’électeurs du RN ont compris que la dame utilisait les fonds européens pour récompenser certains membres obscurs du parti. MC
Alors bien sûr, depuis le fond de votre canapé, vous avez sans doute vu une marée humaine. Une foule démentielle, place Vauban, à Paris, ce dimanche 6 avril 2025, pour soutenir Marine Le Pen et « défendre la démocratie », comme ils disent
- La blague.
- On y était. Pas un chat.
- Merci aux cadreurs d’avoir maintenu l’illusion.
Ceci étant dit, en arrivant devant l’hôtel des Invalides, sur les coups de 15 heures, on regarde à droite, puis à gauche, et une question nous taraude soudain : merde alors, elle est passée où la France saucisson-pinard ?
On s’attendait naïvement à croiser le beauf de Cabu à tous les coins de rue. La France des bals dansants façon Crépol, celle des petits patrons, des bouchers grassouillets et des boulangères imbuvables ; la France des rugbymans protéinés du terroir et des retraités abrutis par le cagnard toulonnais.
Rien de tout ça. Ici, on rencontre plutôt des patriotes qui vont bien. Financièrement, s’entend. Ça vient manifester entre la messe dominicale à Saint-Sulpice et la brocante chic de Passy. La bourgeoisie catholique snobinarde aurait-elle fait la paix avec les péquenots du Front national ?
« On dit Rassemblement national maintenant, monsieur, nous reprend Paul, 72 ans, panama vissé sur un crâne déplumé. Et ça change tout, parce que, voyez-vous, Marine Le Pen n’est pas son père. » À la bonne heure. « Et de toute manière, être ici aujourd’hui, ce n’est même pas soutenir un candidat, un parti politique et encore moins une idéologie, c’est simplement défendre la démocratie », ajoute l’ancien cadre dans une grande compagnie d’assurances, qui « vote tout de même Marine Le Pen », évidemment.
Il faut les voir, tous endimanchés, attendant l’ouverture de Roland-Garros et la saison des rosés piscines : les mocassins, les foulards, les tailleurs qui transpirent, ça pue l’évasion fiscale et le Chanel N° 5.
« Rien sûr que c’est un scandale, gueule Didier, tout ça, c’est de la faute du Syndicat de la magistrature, les juges ne devraient pas avoir le droit de se syndiquer, il faut de la neutralité dans la justice. » Et il en sait quelque chose : son fils aîné a fait l’École de la magistrature.
Paraîtrait que voter Le Pen aujourd’hui, ce serait du « bon sens ». Paraîtrait même que chez ‘Charlie, on devrait « comprendre mieux que personne » leurs diatribes racistes, leurs « Français d’abord » et autres fadaises populistes. « Eh oui, vous avez tout de même payé le prix du sang », nous dit-il sans sourciller.
Paraîtrait que nous sommes « complices », nous les « gauchistes », de l’« immigrationisme », du laxisme judiciaire et de la montée de l’islamisme. « Enfin, pas vous directement, hein », nous rassure sa femme. Ouf !
Alors on s’écarte un peu de la foule, et on découvre, presque rassuré, qu’ils sont là. Nos beaufs à nous, bien franchouillards. Ils se font discrets, comme des prolos qui montent à la capitale.
Un peu impressionnés, peut-être, par les brushings et les petites laines colorées qu’on porte seulement sur les épaules.
Eux refusent instinctivement de répondre à la presse.
« Qu ‘est-ce que vous voulez savoir ? » finit par nous lancer un motard soupçonneux. Il est venu de Lens pour l’occasion. « Si ça vous fait pas bizarre de voter aux côtés des vieux bourges du 16°?» tente-t-on, taquin. « Rien à foutre ! ».
Yovan Simovic – Charlie Hebdo09/04/2025
J’aimerais connaître leur définition du mot « démocratie » ?
Après le flux le reflux.