Le monde associatif en difficultés

« N’oublions pas qu’il est le premier employeur de France »

La santé financière des associations est alarmante.

C’est la conclusion d’une enquête menée entre le 19 février et le 12 mars 2025 par le Mouvement associatif.

Sur les 5 557 structures ayant répondu, la grande majorité dit souffrir de graves problèmes de financement public (État et collectivités), une situation qui résulte en grande partie « de la baisse des subventions et du vote tardif du budget de l’État », comme le souligne Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif.

Décalages de trésorerie

L’enquête met en lumière une autre difficulté majeure : un tiers des associations employeuses disposent d’une trésorerie inférieure à trois mois. Selon Claire Thoury, cela est principalement dû à des « versements de subventions arrivant très tardivement », une conséquence directe du vote tardif du budget de l’État.

« Ça reste de l’argent public, sauf que ce n’est pas du tout la même manière de l’adresser. Les subventions financent un projet, une initiative ou un collectif tandis que les commandes publiques répondent à un besoin défini par les collectivités locales ou les pouvoirs publics. Cela entraîne des mises en concurrence entre associations et souvent des regroupements, avec pour conséquence la disparition de certaines structures ». Ce changement dans les modes de financement met en danger l’avenir des associations, qui se retrouvent parfois dans une position précaire.

Cette précarité, de nombreuses associations y sont confrontées. Si certaines ont encore espoir, d’autres, faute de financement, sont contraintes de fermer leurs portes : « Entre le 1er janvier et le 1er mars 2025, 93 associations ont été liquidées. C’est énorme », conclut la présidente du Mouvement associatif.

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Quel rôle social jouent les associations aujourd’hui ?

Questions à Roger Sue, sociologue et professeur à l’Université Paris Cité

« Les associations ont un rôle fondamental. D’autant plus que, de nos jours, les questions sociales posent de nombreux problèmes aux pouvoirs publics. Dans des domaines comme la prévention, la santé ou encore l’éducation, les réponses restent souvent insuffisantes. Les associations, elles, permettent de répondre à ces problèmes. Et aussi, il ne faut pas oublier que le monde associatif est le premier employeur de France : il représente 10 % de l’emploi privé, ce qui est bien plus que l’industrie automobile ou la sidérurgie. »

Pourquoi les associations sont-elles aussi nécessaires socialement ?

« Aujourd’hui, on assiste à une transformation du lien social. Ce changement est souvent perçu comme une montée de l’individualisme. Mais ce qu’on oublie de voir, c’est qu’il s’agit en réalité, comme les sociologues l’appellent, d’un « individualisme relationnel » : les individus sont de plus en plus connectés aux autres. On n’est plus face à un individu replié sur lui-même, mais à un individu ouvert, en interaction, où la notion d’égalité est forte. Moi, c’est ce que j’appelle « l’associativité ». C’est tout simplement « l’horizontalisation de la société civile ». Cette associativité a besoin de s’exprimer, et les associations sont, à mon sens, les structures les mieux placées pour lui donner corps. »

Quelles sont les conséquences sociales de la fermeture d’une association ?

« La fermeture d’une association entraîne d’abord du chômage. Elle met aussi à l’écart tous les bénévoles, qu’ils soient engagés de manière régulière ou plus ponctuelle. Dans une associa­tion, il y a les bénévoles formels, mais aussi toutes les « petites mains » qui donnent de leur temps. Leur contribution gratuite disparaît. Ensuite, cela contribue à la désertification de certains territoires, car ce sont bien souvent les associations qui les animent. Enfin, la fermeture d’une association casse le lien social, laissant des personnes isolées, sans interlocuteur ni lieu vers lequel se tourner. »


Alexandre Boyer. Le Dauphiné. 15/04/2025


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