Est-ce un problème ?

« Avec l’Algérie, la France n’a pas d’autre possibilité que de s’entendre »

Les relations entre la France et l’Algérie ont toujours été complexes, dans le sens où les deux pays ont entretenu des rapports issus du temps colonial pendant 132 ans.

Mais l’Algérie, c’était la France, des départements fran­çais, une partie du territoire national. Ce n’était pas à proprement parler une colonie au sens classique du terme, comme le Maroc, l’Indochine ou la Tunisie

La séparation entre la France et l’Algérie, par une guerre de huit ans, a donc toujours été mal vécue, comme une amputation et même comme une trahison par certains. Avec côté français, beaucoup de ressentiments et de blessures. Du côté algérien, il a fallu construire un récit national héroïsant qui mettait en valeur cette rupture. Il fallait se séparer de la France.

Cette relation est donc marquée depuis l’indépendance de 1962 par cette histoire singulière. Comment construire une relation équilibrée à partir de cet événement considérable, comment avoir un partenariat qui tienne compte de cette singularité… L’immigration de travailleurs algériens vers la France s’est ensuite poursuivie, ce qui a fait de la communauté algérienne la plus nombreuse dans le pays. Et tout cela a développé des rapports d’une grande complexité.

Ce n’est donc pas une question propre à tel ou tel gouvernement, cela tient à la façon dont l’histoire s’est enchevêtrée. Chaque gouvernement a essayé, depuis les années 2000 et la présidence de Jacques Chirac, de sortir de cette situation en proposant des solutions. Emmanuel Macron est d’ailleurs le président qui est allé le plus loin, avec le rapport que j’ai conduit. Il a réalisé en un an davantage que ce qui avait été fait en 60 ans. En reconnaissant les assassinats parla France de responsables nationalistes algériens, en prononçant un discours de pardon aux harkis… On a réalisé des choses considérables. Et c’est peut-être aussi parce qu’on a réalisé des choses considérables que des réflexes de rétractation, de ressentiments sont revenus à la surface.

La situation politique en France pèse bien évidemment sur ces relations. Le Rassem­blement national et ses alliés sont des descendants de la mouvance antigaulliste, qui sont dans le refus de la politique du général de Gaulle conduisant à l’indépendance de l’Algérie. Ils reconnaissent le mérite de l’homme du 18 juin 1940, mais pas de celui qui a fait les accords d’Évian. La montée en puissance des idées du RN dans l’opinion française pèse ainsi naturellement. Les gestes mémoriels sont dès lors critiqués. La mairie de Perpignan a ainsi organisé une exposition contre mon rapport, et il y a eu une pétition de filles de harkis contre l’entrée de Gisèle Halimi au Panthéon, une proposition que j’avais faite. Ce sont deux exemples spectaculaires qui montrent que certains n’acceptent pas les pas en avant sur le plan mémoriel. Il faut ajouter que la configuration internationale joue également. Il y a donc tout un environnement qui rend le travail apaisé très difficile, d’autant que l’on a, en France, été longtemps dans le déni. La question algérienne n’a pas été abordée pendant 30 ou 40 ans, on a pris beaucoup de retard. On découvre aujourd’hui de manière presque horrifiée, ce qu’a été la conquête de l’Algérie il y a 200 ans. Une conquête qui a été l’occasion de massacres. Ce retard dans la connaissance de l’histoire fait qu’aujourd’hui le moindre événement, le moindre propos suscite une inflammation.

Je reste cependant optimiste dans la mesure où il n’y a pas d’autre possibilité que de s’entendre ou au moins d’avoir une relation entre les deux pays, car il y a une histoire commune, une langue française partagée d’une rive à l’autre de la Méditerranée. Et une diaspora très importante en France.

Il y a une sorte d’espace mixte culturel très puissant qui s’est constitué par l’histoire qu’on le veuille ou non. On ne peut pas défaire aussi facilement une histoire aussi longue.


Propos de Benjamin Stora.


Le Dauphiné 06/04/2025


2 réflexions sur “Est-ce un problème ?

  1. bernarddominik 08/04/2025 / 13h48

    L’Algérie à décidé de quitter la francophonie, l’enseignement de l’anglais a remplacé le français. Et les études de médecin seront désormais en anglais. Seul problème : tous les profs sont francophones. La politique de Macron vis à vis de l’Algérie est un échec complet, et la première victime sera la diaspora. Tout ça donne le sentiment qu’Alger l’abandonne. Un mal pour un bien?

  2. rblaplume 09/04/2025 / 11h28

    Algérie et la France, une si longue histoire !
    La diplomatie doit prévaloir et non les fougades de différents ministres préoccupés d’occuper le champ médiatique pour des lendemains politiques incertains.
    On n’ efface pas les liens multiples avec ces terres d’Afrique par des déclarations
    intempestives et peu responsables empreintes de démagogie.
    Heureusement que les gens, en ce pays de France, ont pris de la distance avec tous ces propos venant de France et d’Algérie.

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