Dysfonctionnements à l’ASE…

Ancienne éducatrice spécialisée auprès d’enfants placés, la députée (NFP/LFI) du Puy-de-Dôme Marianne Maximi a participé aux travaux de la commission parlementaire sur « les manquements des politiques publiques de protection de l’enfance ».

  • La commission d’enquête a été lancée en réaction au suicide il y a un an de Lily, 15 ans, qui était hébergée à l’hôtel. A-t-on tiré les leçons de ce drame ?

Marianne Maximi. Non, et je pense qu’on va en connaître d’autres, qui ne feront pas forcément la « une » des médias. Rien que dans le Puy-de-Dôme, l’été dernier, un jeune mineur non accompagné de 15 ans s’est noyé – il était hébergé dans le même hôtel que Lily. Il reste de nombreux enfants hébergés dans des hôtels partout en France, pour l’essentiel des Mineurs Non Accompagnés (MNA).

Or, ce sont des mineurs, eux aussi,, la loi impose de les protéger, en particulier lorsqu’ils ont moins de 16 ans. Aujourd’hui, les départements refusent, arguant d’un manque de moyens. Ces contraintes budgétaires existent, mais on sent que les MNA subissent aussi une forme d’instrumentalisation raciste, en particulier dans les collectivités dirigées par la droite, comme le Puy-de-Dôme ou le Nord. Outre les hôtels, certains placements inadaptés persistent aussi, dans des colocations sans accompagnement ou des campings.

  • Quels sont les autres dysfonctionnements que la commission d’enquête a relevés ?

L’un des plus gros problèmes, c’est la non-exécution des décisions de justice. Des mesures, comme l’Assistance Educative en Milieu Ouvert (AEMO) ou l’Aide Educative à Domicile (AED), non exécutées, on connaît ça depuis longtemps. Mais de plus en plus, les placements, décidés en cas de menaces plus graves, subissent, eux aussi, des délais insupportables.

On estime qu’environ 3 000 enfants attendent à domicile – c’est-à-dire là où ils sont en danger – d’avoir une place en institution ou en famille d’accueil. C’est inacceptable ! Il y a dix-huit mois, un enfant de 3 ans est mort chez ses parents, dans la Sarthe, alors qu’un placement avait été décidé, mais pas réalisé, faute de place.

  • Les pouvoirs publics prennent-ils à bras-le-corps ce sujet ?

On a de belles déclarations, mais concrètement, il ne se passe rien.
Il n’existe pas de ministère dédié à l’enfance, et le haut-commissariat qui a été lancé récemment – et tardivement –, avec Sarah El Haïry à sa tête, n’a ni feuille de route ni budget connus.
On est plutôt dans une inertie coupable.

Pourtant, tout le monde s’accorde sur le constat d’un effondrement des politiques publiques dédiées à l’enfance. Mais dans les faits, les lois relevant de ce domaine sont celles qui attendent le plus longtemps leurs décrets d’application – jusqu’à deux ans et demi pour la loi Taquet !

  • Comment expliquez-vous cette inertie ?

Les enfants sont les victimes directes du conflit entre les départements, qui ont reçu cette compétence avec la décentralisation, et l’État, qui se désengage au maximum de cette politique publique. Un peu comme ces gamins qui se retrouvent au milieu d’un divorce et subissent le conflit de loyauté entre leurs deux parents.

Si la commission d’enquête doit servir à quelque chose, ce serait de redéfinir les places et responsabilités de chacun, et faire en sorte que département et État cessent de se renvoyer la balle. Parce qu’au bout du compte, ce sont les enfants qui trinquent.

  • Quelles sont les préconisations de la commission d’enquête ?

L’urgence, c’est que l’État reprenne sa place, a minima sur le contrôle des lieux de placement, aujourd’hui très défaillant. Cela pourrait passer par la création d’une autorité indépendante, à l’image de celle qui existe pour les lieux de privation de liberté. Ce réengagement de l’État est aussi indispensable pour limiter les disparités entre départements, aujourd’hui très grandes, qui n’offrent pas les mêmes chances aux enfants d’être protégés et pris en charge.

  • Avant d’être députée, vous étiez éducatrice spécialisée auprès d’enfants placés. Qu’avez-vous gardé de cette expérience ?

J’ai vécu de l’intérieur l’effondrement de la protection de l’enfance, l’usure professionnelle, les conditions de travail dégradées et la perte de sens, qui poussent beaucoup de salariés à quitter ce secteur. La souffrance aussi, liée à l’impossibilité de faire correctement un travail pourtant essentiel : accompagner des enfants qui ont eu un départ très difficile dans la vie, tenter de les aider à grandir, avec leur histoire, leurs traumatismes, pour devenir des adultes équilibrés.

Mais on n’a pas les moyens de faire tout ça. Or, il n’y a rien de pire, quand on s’engage dans ces métiers du lien, du soin, de l’accompagnement, que de se sentir maltraitant.

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Le 11 mars 2025, la députée (NFP/LFI) du Puy-de-Dôme Marianne Maximi, a déposé une proposition de loi pour interdire toute dérogation à l’interdiction du placement d’enfants en hôtel.


Synthèse d’un article d’Alexandre Fache. Source original


Ajout

Dans un rapport au vitriol paru ce mardi, les parlementaires emmenés par la socialiste Isabelle Santiago dressent le constat d’un système de la protection de l’enfance totalement à la dérive.

Reste-t-il quelque chose à sauver du système actuel de la protection de l’enfance en France ? Au terme d’un an de travaux, entrecoupés par une dissolution, la commission d’enquête parlementaire sur les manquements de l’Aide sociale à l’Enfance (ASE) décrit un système « hier à bout de souffle et aujourd’hui dans le gouffre » dans un rapport, alarmant, paru ce mardi 8 avril.

Après une soixantaine d’auditions et sept déplacements, les députés dépeignent un système de protection de l’enfance surchargé – il y a une place pour près de deux enfants faisant l’objet d’une mesure de placement – devenu une machine à broyer les plus de 390 000 bénéficiaires.

Aujourd’hui, passer par l’ASE est indéniablement synonyme d’un départ difficile dans la vie, dépeint le rapport. Il met l’accent sur les inégalités de ces enfants par rapport à la population générale en ce qui concerne la santé physique et mentale : un enfant issu de l’ASE a deux fois plus de maladies cardiovasculaire et 25 % des adolescents de 14 et 15 ans sont dépressifs. Ils souffrent souvent aussi de troubles de l’apprentissage. Sans compter la maltraitance – vécue par 45 % des enfants –, la non-protection face aux proxénètes qui recrutent devant les foyers ou encore les sorties dites « sèches » à 18 ans (une expression qui indique la fin de la mesure de protection du jeune devenu majeur et pour lequel rien n’a pas été préparé).

« Le présent rapport met en lumière de graves insuffisances et l’impensé des politiques de l’enfance en France », écrivent les parlementaires menés par la rapporteure socialiste Isabelle Santiago. Les députés formulent ainsi 92 recommandations pour « agir vite ». « C’est une responsabilité collective que nous devons pleinement assumer », est-il affirmé dans ce rapport.


Extraits d’un article signé Manon Bernard – Le Nl Obs. Source


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3 réflexions sur “Dysfonctionnements à l’ASE…

  1. bernarddominik 08/04/2025 / 13h32

    Non au maximalisme. On prend quelques exemples on en fait une généralité. Pas d’accord avec Mariane Maximi. Il faut juger cas par cas.

    • Libres jugements 08/04/2025 / 14h52

      Hélas cent fois hélas, le problème du placement de l’enfant pour leur sauvegarde décidée par la justice n’est pas exempt de problèmes tant judiciaire que lors d’affectation et suivi dans une cellule familiale, ou dans des Foyers de jeunes, voir des hôtels.
      Sans faire ni misérabilisme, ni maximaliste, il est à noter que bien peu d’enfants placés, ne finissent pas dans la délinquance, voir dans le banditisme ou la prostitution.
      La question n’est pas de nier ou de surévaluer l’estimation de ce problème récurant, mais de savoir si la société s’est un jour penchée réellement sur le problème : personnellement, j’en doute et plains ses enfants.
      Michel

      • bernarddominik 08/04/2025 / 16h55

        Il y a beaucoup de placements abusifs. La justice est très expéditive et les parents ne peuvent pas toujours se défendre. De plus tous les départements ne sont pas à la même enseigne, donc je suis très circonspect sur ces députés qui débarquent.

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