Ce jour-là…

On avait, tout le jour, souffert du siroco.
Le tonnerre grondait et secouait l’écho.
Dans l’atmosphère en feu se démenait l’orage,
Et, zébrant l’horizon, les éclairs faisaient rage.
Je redoutais assez que le premier abord,
Vu notre état d’esprit, ne tournât au discord ;
Et j’entendais, gardant une attitude ferme,
Étouffer aussitôt la querelle en son germe.

Je la trouvai chez elle et seule, par hasard.
Dans un déshabillé montrant le plus grand art,
Sur un divan assise ou plutôt étendue,
La longue chevelure élégamment tordue,
Les bras nus dans la manche ouverte du peignoir
Dont l’entre-bâillement laissait apercevoir
L’admirable contour de ses beaux seins de neige,
Et dont la souple étoffe en tissu de barège
Voilait, sans les cacher, les lignes de son corps.
Je me tins sur la. porte, immobile : elle, alors,
A ma grande surprise, avec un doux sourire.
Avec un air divin que je ne saurais dire,
Vint à moi, m’étreignit, et, pleine d’abandon,
Mieux qu’un enfant contrit me demanda pardon.
Puis, elle m’entraîna sur le divan, près d’elle :
Me fascinant du feu de sa claire prunelle,
Émue, elle me dit : « Fuyons, allons au loin,
Ainsi que tu voulais cacher en un recoin
Notre commun amour ! Que rien ne nous arrête :
Partons, partons demain. Tiens, je suis toute prète.
Quand je te refusais ce bonheur, j’avais tort !
Va ! je suis dans ta main comme un oiseau qui dort,
Comme un fruit sous ta dent, comme une fleur cueillie !
Oh de son cœur, alors, la prière jaillie
Me passa sur le cœur en effluves brûlants.
Elle entoura mon cou de ses deux beaux bras blancs,
Moi, des miens, je dénouai son flexible corsage,
Et ce fut pleins d’élan, pleins d’amoureuse rage
Que nous eûmes ensemble, aux reflets de l’éclair,
Le poème éternel et vainqueur de la chair.


Claudius Popelin. Recueil : « poésies complètes ». Éd. Hachette/BNF


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