À lire…

… svp au 2e degré.

Avant, sans crainte de procès, nous pouvions caricaturer les juifs et les injurier bassement dans des magazines antisémites librement répandus ; montrer, quasi scientifiquement, que les Africains, que les Aborigènes australiens, que les noirs en général, inculte et proche des primates, datait d’avant le néolithique bien que nos contemporains ; nous prétendions aussi que les catholiques, cul-bénis formaient un troupeau d’ignorantin et de conservateurs ; que les Allemands n’étaient que brutes sanguinaires, comme les socialistes et les communistes, au couteau entre les dents ; que les enseignants et les ouvriers, paresseux, ne recherchaient que congés payés ; que les patrons ignobles capitalistes, suçaient à chaque repas le sang des prolétaires ; sans oublier les nobles, les francs-maçons, les immigrés, les banlieusards… tous, comme on le devine diaboliquement dangereux.

Chaque groupe social tramait donc un complot contre « nous ».
Les réseaux sociaux jouent encore à ce jeu stupide et dangereux. Hautement haineux des autres, le dialogue social et l’affrontement politique se dirigèrent ainsi sans obstacle majeur vers les crimes susdits.

Je ne dis pas que tout racisme disparu. Mais le mélange des origines, des religions et des langues dans les classes des écoles et à l’université, les voyages incessants, de tourisme ou d’études, dans les pays proches et lointains, les échanges entre experts et entreprises, les nouvelles issues de tous les horizons, l’accès universel permis par l’ordinateur et le portable, le théorème du petit monde démontrant qu’en quatre coups de fil, n’importe qui peut aujourd’hui atteindre n’importe qui…

La découverte des chiffres décisifs, disant que les assassins se font plus fréquents à l’intérieur de la famille qu’à l’étranger, que le voisinage et l’intimité couvrent plus de violence encore que l’altérité, qu’il est donc plus difficile de s’aimer les uns les autres, y compris entre frères ennemis, que de ce supporter… Autant qui tempérèrent jusqu’à les annuler parfois ses jugements stupides et inhumains d’antan.


Michel Serres. Recueil « C’était mieux avant ! ». Éd. Manifeste–Le Pommier.


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