La mémoire,

… flash.

Une adolescence marquée par un mélange de contraintes sociétales et de découvertes personnelles faute d’une réelle éducation familiale. Un père souvent absent et une mère peu familière avec le sens de la famille, mon éducation reposait essentiellement sur le système scolaire rigide des années 1945-55 et un « patronage » laïc endoctrinant dans la suite des idées progressistes de l’époque.
Dans ces années-là, obtenir le « certificat d’études primaires » était une certaine fierté, une reconnaissance d’instruction acquit, le diplôme nécessaire pour postuler pour tous les services publics. Il sonnait le plus souvent la fin de la scolarité et le début d’un apprentissage pour certains. Pour d’autres le « brevet des écoles » était la prochaine étape avant le « baccalauréat » et éventuellement l’université.

Mon frère et moi fréquentions l’école communale des garçons « Karl Marx », située à l’opposé de notre domicile, ce qui limitait fortement mes interactions avec d’autres jeunes. En septembre 1957, j’ai commencé un apprentissage « en alternance » recruté dans un des ateliers (photogravure ) confectionnant une revue prestigieuse, « L’Illustration ».

Cela m’a permis d’accéder à l’école professionnelle Estienne, située dans le 13e arrondissement de Paris, une institution unique en France pour les arts graphiques. Les relations avec mes camarades de cet établissement étaient, eux aussi, limitées en raison de la diversité géographique de nos lieux de résidence.

Cette année 57, cinq apprentis ont été embauchés, dont un avec qui je partageais de nombreux points communs. Jean-Claude Bizet habitait Villennes-sur-Seine, il me parlait souvent des avantages de vivre à la campagne, tout en étant proche de villes industrielles comme Poissy. Le train omnibus de la ligne  Gare St Lazare – Mantes le menait a 500m de notre lieu d’apprentissage.

Il m’invita à passer un week-end chez lui. Il faisait partie depuis sa tendre enfance d’un groupe dynamique d’adolescents s’étant côtoyés depuis la maternelle du village. C’est là que j’ai vraiment appris à nouer des amitiés et à flirter. J’avais enfin trouvé des copains avec qui je partageais des instants privilégiés. Je flirtais avec une des filles de la bande. Puis d’un flirt passant à plus sérieux, nous eûmes droit à un désaveu de nos pères respectifs, arguant qu’il existait une différence flagrante morale, éducative, entre nos deux mondes familiaux, une mise en garde contre les engagements précipités. De plus la majorité a 21 ans nous imposait respect des dires de nos peres qui donnaient ou pas l’autorisation d’ouvrir un compte individuelle, prendre un logement, se marier, etc.
Bien sûr, adolescents rebelles, nous avons fait fi de leurs avis. À la libération de l’obligation militaire suite aux accords d’Évian, j’entendais respecter mes engagements envers elle. Nous le payâmes d’un divorce quelques années plus tard.

À l’époque, la guerre d’Algérie était imminente, et le service militaire de 36 mois menaçait de séparer les fiancés, les couples.

Lors de mon service militaire au groupe géographique de l’armée, à Joigny, j’ai retrouvé certains amis apprentis, dont un avec qui j’ai servi à Offenburg, en Allemagne.

J’ai exécuté mon temps militaire dans le service imprimerie, en réalité un temps qui ne fût que perfectionnement à mon apprentissage. Bien que trop long sous les drapeaux, ce fut une période relativement tranquille dans cette caserne atelier, malgré la menace d’être envoyé en Algérie.

Algérie, maudit conflit, où périra le jour de ses 20 ans, François, apprenti dans la même entreprise que moi.


Michel


« J’ai l’impression que je déterre ses souvenirs d’un ensablement et millénaire, aucune raison ne me fait les écrire sinon cet instinct de déterrement ». Marguerite Duras


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