A la solde…

… Xenia Fedorova le jure : elle est journaliste.

Et c’est à ce titre qu’elle parade dans tous les médias de l’empire Bolloré depuis le début de l’année. Soyons lucide, on est loin des Pavel Cheremet, Anna Politkovskaïa, Anastasia Babourova… tous mystérieusement assassinés. Faut-il être mort pour être marqué du sceau de la fiabilité ? À défaut de l’être, l’on pourrait, a minima, se garder de tenter d’établir une réalité parallèle.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit lorsque l’on écoute la brune quadragénaire, originaire de Kazan, la sixième plus grande ville de Russie. « La France se réclame d’une presse libre, mais dans les faits, elle s’aligne de plus en plus sur un modèle où seules certaines narrations sont autorisées », a-t-elle ainsi déclaré la semaine dernière — sans la moindre pointe d’ironie.

Il faut dire que Fedorova a la dent dure contre le pays qui l’a accueillie, en 2017, pour qu’elle puisse y fonder la branche française du média RT, canal goebbelsien de Vladimir Poutine. Formée au journalisme à l’université d’État de Moscou, elle rejoint très vite la chaîne Russia Today, une fois ses études terminées, en 2007.

Grimpant les échelons doucement mais sûrement, dix ans plus tard, la voilà dans un avion, direction la France et les locaux flambant neufs de RT, à Boulogne-Billancourt (92). Pour le Kremlin, le pari est gagné. Durant les cinq (trop) longues années d’existence de la chaîne dans l’Hexagone, Fedorova réussit à capter une bonne part d’audience, notamment à la faveur du mouvement des « gilets jaunes ».

Et puis patatras ! En février 2022, tout s’effondre. L’invasion de l’Ukraine par la Russie sonne le glas de la chaîne inféodée à Moscou. Reportages à la gloire des mercenaires du groupe Wagner, déni d’exactions commises par les soldats russes, démissions en cascade de salariés… Les comptes du média d’État sont gelés, la centaine de salariés, priés d’aller servir le bortsch ailleurs.

Mais il faut croire que Fedorova est bel et bien une guerrière. Son super pouvoir : savoir rebondir. C’est dans la tripotée de médias appartenant au très droitier milliardaire Bolloré qu’elle saute à pieds joints en ce début d’année 2025. En quelques semaines, la voilà tour à tour propulsée chroniqueuse sur CNews, dans le JDNews et présentatrice sur C8 d’une émission hebdomadaire consacrée aux églises orthodoxes.

Des nouveaux postes servis sur un plateau d’argent qui rendent bien compliquée la défense de son livre au titre aussi orwellien que ses propos, Bannie.

Liberté d’expression sous condition (éd. Fayard). Paru le 5 mars, le récit de Xenia Fedorova raconte « combien il est crucial d’avoir des journalistes qui posent les questions difficiles, défient les récits officiels et s’efforcent, parfois au prix de leur vie, de découvrir la vérité ». Ou quand la parodie se transforme en triste mascarade.

Son brûlot aura au moins le mérite de nous confirmer ce que la protégée de Poutine sait faire de mieux : réécrire l’Histoire.


Lorraine Redaud. Charlie Hebdo 19/03/2025


2 réflexions sur “A la solde…

  1. bernarddominik 27/03/2025 / 14h55

    Désolé Lorraine Redaud mais vous avez tort de considérer que vous seule avez raison. En voulant disqualifier une journaliste avec comme seul argument qu’elle ne pense pas comme vous, c’est vous qui vous disqualifiez.

    • Libres jugements 27/03/2025 / 15h56

      Chacune, chacun est libre de croire que les informations distillées par le groupe Bolloré est la vérité absolue absolument pas teintée de parti pris…
      Comment peut-on condamner l’écrit de Lorraine REDAUD lorsqu’elle cite les dires énoncés de Xenia Fedorova dans une des chaînes Bolloré « La France se réclame d’une presse libre, mais dans les faits, elle s’aligne de plus en plus sur un modèle où seules certaines narrations sont autorisées », a-t-elle ainsi déclaré la semaine dernière — sans la moindre pointe d’ironie.
      Oui, je sais, beaucoup d’auditeurs regrettent les affirmations orientées d’un Cyril Hanouna, rassurez-vous la désinformation restera toujours présente grâce aux pourfendeurs, Capitaines d’industrie du type Bolloré et si vous vous lassez de ses informations, sachez qu’arrive à grand pas, Pierre-Édouard Stérin et ses supports médias et audio, et qu’en matière de catho tradi, il n’y a pas mieux.

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