Résister !

Le président-élu des USA, Donald Trump, a affirmé vouloir s’emparer ni plus ni moins du Groenland, effacer la frontière avec le Canada pour en faire le 51ᵉ État américain, mais aussi prendre le contrôle du canal de Panama…

On pourrait en rire, mais on aurait tort : à rebours de l’isolationnisme qu’on prête habituellement au chantre de la planète MAGA, Trump II semble renouer avec la volonté d’expansionnisme des États-Unis du début du XIXe siècle, en un mot avec l’impérialisme.

En quelques jours, l’image que nous avons de notre allié historique, et que s’était employée à rebâtir la présidence Biden, s’est comme retournée. On n’ose pas dire définitivement, Trump étant si incertain, mélange détonant de nationalisme et d’opportunisme.

Reste que, toutes proportions gardées, ses dernières déclarations n’ont rien à envier au discours belliciste que pouvait professer Poutine contre l’Ukraine avant de lancer son invasion militaire. Bien sûr, il y a loin de la coulpe aux lèvres en matière internationale. Mais on ne peut renvoyer au rang de simples foucades ce qui s’ajoute aux ingérences inacceptables d’Elon Musk.

Le nouvel homme fort de Washington a en effet multiplié les propos déstabilisants pour les dirigeants de Grande-Bretagne et d’Allemagne, afin de favoriser clairement l’extrême droite de leurs pays.

Le traditionnel parapluie américain prend donc l’eau de toutes parts, pour se dissoudre dans ce qu’Emmanuel Macron a nommé l’« internationale réactionnaire ». Au mépris de la souveraineté des Etats, des accords de l’Otan et de la paix en Europe.

Le monde, sidéré, découvre ainsi le couple improbable formé par Trump et Musk, incarnation de l’alliance des protectionnistes républicains avec les multimilliardaires de la tech, adeptes d’une mondialisation dérégulée.

Ce que des chercheurs ont qualifié de « techno-féodalisme » se mue maintenant en « techno-impérialisme » : il n’est qu’à penser aux conséquences toxiques de la fin de toute modération sur les réseaux sociaux de Meta, qu’a décidée un Mark Zuckerberg en pleine allégeance au trumpisme, pour mesurer l’influence de ces « maîtres du monde » autoproclamés.

I1 ne faut pas s’y tromper, cette soudaine brutalisation des relations internationales vise particulièrement l’Europe, qui a le front de vouloir réguler les géants de la tech et qui fait pièce à Poutine en soutenant l’Ukraine.

L’Europe, qui traverse une bien mauvaise passe, attaquée en son sein par la petite musique trumpiste – de plus en plus de nos dirigeants versent dans le populisme mensonger, s’affranchissant des réalités. L’Europe, qui subit également le poids grandissant de l’extrême droite, avec la montée en puissance de dirigeants comme Giorgia Meloni, en lien direct avec Musk et Trump.

Pendant ce temps, la France est durablement affaiblie par sa crise politique, le Royaume-Uni est isolé par le Brexit et l’Allemagne attend de clarifier son destin lors de ses élections fin février.

Il faut impé­rativement que l’Union européenne se ressaisisse et accepte de s’affirmer comme la seule entité géopolitique à même de faire face à l’Amérique qui se dessine.


D’après un article de Cécile Prieur. Le Nl Obs. N° 3147. 16/01/2025


Une réflexion sur “Résister !

  1. ROLLAT Danielle Tatchou 92 ! 04/02/2025 / 21h42

    Merci Michel piur cet article :VIGILANCE…

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