Poème 38

Il y a des jours où la nuit est trop noire
Les serpents trop nombreux
Le corps s’éteint
Et me vient l’envie sourde
De te rejoindre
Il y a des jours où je voudrais pointer un revolver
Contre la tempe de ceux qui détruisent
Il y a des jours où je voudrais enfoncer ma tête sous terre
Que mon cri parvienne à l’aurore inversée de la planète
Il y a des nuits lourdes de silence et de colère
Il y a des jours où les sorcières
Ont fait leur nid dans les placards
Et me murmurent de me retirer
Que la lumière n’a plus sa place
Que les oiseaux ont fui
À tire-d’aile
Dans les forêts sauvages
Et qu’il faut te rejoindre

Et si tout devenait poussière
Il ne resterait qu’un renard argenté dans les lueurs du matin
Un enfant l’observe sur la rive
Le monde renaîtrait alors
Fragile
Pur

Radieux de clarté et de solitudes
Le monde renaîtrait alors
Et l’on entendrait le chant de l’aurore
L’espoir à nouveau que quelque chose de grand unisse
Les cœurs qui restent
Regarder ensemble le couchant
Frôler le rocher pour apprendre la force

Je suis passée de l’autre côté du miroir


Clara Ysé. Recueil. « Vivante ». Éd. Seghers


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