Comment financer la rénovation du Louvre, usé et au bord de l’asphyxie ?
Douze millions de visiteurs par an : voici donc le cap fixé au Louvre par Emmanuel Macron lors de sa présentation du grand projet de rénovation qui va occuper le musée pour la décennie à venir. Le Louvre est au bord de la suffocation, selon sa présidente-directrice, Laurence des Cars.
Prévu pour accueillir quatre millions de visiteurs, contre neuf actuellement, le Grand Louvre, inauguré en 1993, a vécu : surfréquentation des espaces fléchés vers La Joconde, usure accélérée des infrastructures bien trop sous-dimensionnées, maintenance des espaces à bout de souffle.
Le projet de Laurence des Cars — allier la construction d’une nouvelle entrée à un déplacement de La Joconde et à une rénovation et une refonte globale des espaces muséographiques, afin de faire respirer bâtiment et visiteurs — a été validé par le président de la République, au terme de quelques jours d’intense médiatisation.
L’impression d’une annonce précipitée demeure, alors même que le budget estimatif reste flou, le président s’étant bien gardé d’évoquer un montant pour chacun des étages de la fusée « Louvre – Nouvelle renaissance », nom de code donné à l’opération.
Son entourage évoque une enveloppe globale de 800 millions d’euros, financée annuellement sur les fonds propres du musée, à travers sa billetterie (et une augmentation significative du tarif pour les visiteurs non européens), sa licence de marque Louvre Abu Dhabi et le mécénat.
Alors même que le diagnostic complet de l’architecte des Monuments historiques n’est pas encore rendu, un concours international d’architecture doit être lancé cette année. Venu parler de « temps long », le président a pourtant lancé un compte à rebours d’ici à… 2031.
Les syndicats du musée s’interrogent sur les contours du projet culturel que toutes ces révolutions supposent, en termes d’impact sur les flux de visiteurs, de faisabilité financière et de contenus muséographiques. Le risque d’une dérive touristique et mercantile existe : fuite en avant ou vision stratégique ? Il appartient maintenant à Laurence des Cars de rassurer, et surtout de préciser sa feuille de route.
Francine Guillou. Télérama n° 3917. 05/02/2025