Zuck. cautionne la m…

Ces derniers mois, Mark Zuckerberg a changé d’apparence. Exit les tee-shirts monochromes et la coupe de cheveux de ses débuts, en hommage à l’empereur romain Auguste ; désormais, le patron de Meta (Facebook, Instagram…) exhibe longues boucles, pectoraux et chaîne en or. Mais sous cet abord plus détendu se cache un raidissement.

Après avoir passé la dernière décennie à s’excuser devant les régulateurs du monde entier — pour des scandales liés aux données personnelles ou le désordre causé par ses algorithmes —, « Zuck » a changé de braquet. Longtemps proche du Parti démocrate, la quatrième fortune mondiale a choisi de ne pas choisir lors de la dernière élection présidentielle. « Je ne soutiens ni l’un ni l’autre des candidats », expliquait-il.

Pourtant, à quelques jours de l’investiture de Donald Trump, il met dorénavant beaucoup d’énergie à rester soluble dans le national-populisme du locataire de la Maison-Blanche. Élimination de son programme de fact-checking signé avec les médias en 2016, assouplissement à la Elon Musk de sa politique de modération, nomination d’un entrepreneur trumpiste au conseil d’administration de l’entreprise…

En l’espace de quelques heures, Zuckerberg a annoncé une série de mesures propres à flatter la nouvelle administration.

Désormais, selon un mémo interne obtenu par le média américain The Intercept, il sera ainsi possible d’écrire sur Facebook et Instagram que « les gays sont des monstres » ou que « les immigrés sont des saloperies de merde ».

La preuve que ces nouvelles règles, édictées au nom du respect du premier amendement de la Constitution américaine, ne font qu’instrumentaliser la liberté d’expression au profit de l’extrême droite.

On peut d’ores et déjà souhaiter bien du courage aux autorités européennes pour faire respecter les réglementations adoptées ces dernières années pour contrer la désinformation et les discours de haine, au premier rang desquelles le récent Digital Services Act (DSA), car Zuckerberg vient de leur déclarer la guerre.

Au-delà du froid calcul économique, ce virage trumpiste peut aussi être analysé sous le prisme de la pure soumission : pendant la campagne électorale, le président élu avait accusé — sans preuves — le patron de Meta d’avoir conspiré contre lui en 2020, allant jusqu’à menacer de le jeter en prison s’il recommençait. Zuckerberg serait donc moins guidé par une adhésion idéologique que par une allégeance digne d’une oligarchie dirigée par la force. Ce qui est peut-être le plus inquiétant


Olivier Tesquet – Édito Télérama N°   15/01/2025


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