Affaire Rey.

Grand ménage à Fréjus-Toulon.

Il était l’étoile montante du petit milieu traditionaliste catholique. L’évêque Dominique Rey, resté plus de vingt-quatre ans à la tête du très réac diocèse de Fréjus-Toulon, a été contraint, fin 2024, de démissionner, à la demande expresse du Vatican.

Une décision rarissime, d’autant plus inhabituelle qu’elle a été précédée, dès juin 2022, d’une interdiction faite à l’évêque d’ordonner de nouveaux prêtres. Pour des raisons mystérieuses, secret pontifical oblige. « Il m’est principalement reproché l’accueil trop large de communautés ou de vocations sacerdotales et religieuses, en particulier issues du monde traditionnel, ainsi que des dysfonctionnements dans la gestion économique et financière du diocèse », a expliqué, laconique, l’évêque dans une interview à l’hebdomadaire Famille chrétienne.

Mais les langues se délient, à mesure que Dominique Rey termine de faire ses valises pour laisser la place à son successeur, François Touvet. « Le Vatican a contraint Mgr Rey à la démission, suscitant un sentiment d’injustice. Mais il n’est pas révolté et obéit », s’est autorisé son entourage dans une déclaration à l’AFP.

Bref, comme d’habitude avec l’Église, c’est « circulez, y a rien à voir ». En atteste d’ailleurs ce communiqué de la Conférence des évêques de France, qui a souhaité, un peu rapidement, « une belle nouvelle étape pastorale au diocèse de Fréjus-Toulon et à ses fidèles ». Une « nouvelle étape » déjà compromise par les déclarations du nouvel évêque, obligé de nettoyer le bordel laissé par son prédécesseur.

Dans une conférence de presse donnée le 14 janvier, Touvet a laissé entendre, après avoir pris grand soin d’expliquer qu’il n’y avait pas de « ménage » en cours, -seulement des « ajustements » nécessaires, que la situation des prêtres du diocèse était inquiétante… voire critique.

Selon lui, ce sont 52 des 250 prêtres de Fréjus-Toulon – soit 20 % du clergé du diocèse, tout de même – qui se trouveraient « en difficulté ». En difficulté ? Malin, Touvet met sous cette pudique expression tous les « problèmes » « moraux », « canoniques » ou « judiciaires » que rencontrerait son clergé.

Un héritage pesant de l’ère Rey, ce dernier ayant mené une politique contestable d’accueil de communautés nouvelles, et plus particulièrement des traditionalistes adeptes de la messe en latin, et des charismatiques venant principalement d’Amérique latine.

En un quart de siècle, Dominique Rey a ordonné plus de 160 prêtres, dont un certain nombre d’entre eux avaient été recalés par d’autres séminaires. « À Fréjus-Toulon, avant les ordinations il y avait toujours des aspirants prêtres qui déboulaient d’on ne sait trop où. Certains avaient été refusés ailleurs, mais acceptés à Fréjus. Pour d’autres, on ne savait même pas s’ils avaient fait le séminaire. Les alertes n’ont jamais été entendues », indique à Charlie une source bien informée sur le dossier, préférant rester anonyme. Et d’ajouter : « Rey, c’est un évêque qui, pendant près de vingt-cinq ans, appelait son diocèse le « laboratoire ». Il a fait n’importe quoi. »

Et cette affaire de prêtres mal choisis n’est sûrement que le petit morceau émergé de l’iceberg. « Il ne faut pas imaginer que c’est cette seule histoire d’ordinations problématiques qui a conduit le Vatican à sanctionner Rey. Vraisemblablement, il y a de nombreuses autres affaires, dont beaucoup sont encore inconnues », poursuit notre source.

Sortez le pop-corn, le spectacle commence. •


Jean-Loup Adénor. Charlie Hebdo. 22/01/2025


Une réflexion sur “Affaire Rey.

  1. bernarddominik 25/01/2025 / 16h22

    Bisbilles entre cathos. Les cathos sont tous d’accord sur un point: nous imposer leurs restrictions/obligations religieuses.

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