… t’es où l’Europe ?
Longtemps absente en raison d’une pneumonie, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, est enfin réapparue cette semaine. Au sommet économique de Davos mardi, puis mercredi à Strasbourg devant le Parlement européen. Enfin, mais un peu tard : ses rares communiqués, et la discrétion des membres de sa nouvelle Commission, ont permis à l’inquiétude de se muer en affolement.
Mardi, au lendemain de la cérémonie d’investiture américaine, certains eurodéputés affichaient la mine blême des jours de panique. « Signes clairs d’une montée du fascisme », « l’Europe doit être préparée au scénario du pire », « si on ne se défend pas on sera écrasés », estimaient les élus d’un arc allant de la gauche radicale aux libéraux du groupe Renew.
La joie de voir Trump et Musk au pouvoir
En face, les très nombreux élus d’extrême droite (près de 200 sur 720) affichent leur joie de voir Trump au pouvoir, et avec lui Elon Musk qui multiplie les signes d’adhésion à leurs idées. Musk avait été proposé en septembre par deux groupes d’extrême droite comme lauréat du prix Sakharov.
La semaine dernière, une importante liste d’élus du même bord (parmi lesquels 9 RN français) a demandé officiellement d’inviter le multimilliardaire à s’exprimer devant la plénière (tribune normalement réservée aux dirigeants de l’UE et aux chefs d’État et de gouvernement), louant ses « réalisations révolutionnaires » et sa « perspective visionnaire sur le progrès mondial ».
Mardi, lors d’un long débat sur les ingérences dans les démocraties européennes via les réseaux sociaux, il y avait donc deux camps : ceux qui criaient à la censure, et ceux qui appelaient à une application rapide du règlement européen sur les services numériques (appelé « DSA »), auquel Musk a publiquement déclaré la guerre.
Dans ce chaos, l’Union joue aux funambules. La situation est complexe : les États européens sont aussi divisés. L’Italienne Giorgia Meloni et le Hongrois Viktor Orban ne cachent pas leur proximité avec Trump, et d’autres États sont dépendants du « bouclier américain », via l’Otan, évidemment, mais aussi pour leur armement.
C’est le cas de la Pologne, frontalière de la Russie, qui vient de prendre la présidence tournante du Conseil de l’UE. Son Premier ministre Donald Tusk était à Strasbourg mercredi pour présenter son programme, axé sur la sécurité de l’Europe (sécurité territoriale, économique, énergétique et alimentaire). Tout en appelant PUE à « dire aux Européens « Gardons la tête haute. L’Europe était, est et restera toujours grande » », il estimait aussi nécessaire de « travailler davantage à notre sécurité avec les États-Unis, le Canada, l’Otan ». Méthode Coué et principe de réalité.
Idem pour Ursula von der Leyen, la commissaire Dubravka Suica et le nouveau président du Conseil Antonio Costa qui plaident pour « approfondir la relation transatlantique ».
Même ouvertement menacée d’agressions commerciales et ingérences démocratiques, l’UE refuse la confrontation. Au risque de voir détruits les principes qu’elle prétend préserver.
Anne-Camille Beckelynck. Le Dauphiné Libéré. 23/01/2025
L’UE est trop divisée pour présenter une position commune.