… la laïcité ne vaut-elle que 75 millions d’euros ?
En envisageant de faire payer les touristes en visite à Notre-Dame de Paris, la ministre de la Culture viole des principes laïques et témoigne d’une profonde ignorance de la loi de 1905.
Alléluia ! Les thuriféraires qui portent à bout de bras l’encensoir des « valeurs » de la laïcité dans l’espace public en ont trouvé la valeur marchande : en leasing annuel, elle vaut 75 millions d’euros, soit la somme de ce que rapporterait une année de visiteurs à Notre-Dame de Paris s’ils étaient taxés de 5 euros.
Si, pour le bon roi Henri IV, Paris valait bien une messe, pour la ministre de la Culture Rachida Dati, le budget de l’État vaut bien une génuflexion à Notre-Dame de la marchandisation du monde. Avec son idée, selon laquelle « faire payer l’entrée de Notre-Dame sauverait toutes les églises de France », les principes du titre premier de la loi 1905, instituant la séparation de l’Église et de l’État, dont la garantie du libre exercice des cultes, s’arrêtent à la valeur de la laïcité estimée par Rachida Dati. Elle en a fixé le prix : le chiffre d’affaires 2023 du Stade de France.
Une chose est certaine : la mise en œuvre de l’idée lumineuse de Mme Dati nécessiterait donc un toilettage de la loi de 1905. Avec une économie de mots (trente-trois), cette dernière fixe les principes de la séparation de l’Église et de l’État dans ses deux premiers articles.
Les quarante-deux qui suivent précisent les modalités d’application de ces principes, dont l’article 17, qui énonce : « La visite des édifices et l’exposition des objets mobiliers classés seront publiques ; elles ne pourront donner lieu à aucune taxe ni redevance. » Cette modalité de mise en œuvre résulte du principe de libre exercice des cultes.
Dans aucun article de la loi, on ne parle de « valeurs de la République ». Car elles sont subjectives, variant en fonction de l’offre et de la demande sociétale, comme les valeurs boursières fluctuent sur les marchés. Aujourd’hui les valeurs de la laïcité font l’objet d’une bulle spéculative civilisationnelle. L’extrême droite et ses agents de change identitaires de tous bords essaient d’écouler à tour de bras des produits dérivés laïques toxiques.
Profonde inculture
Cette proposition, qui se pare du bon sens, a reçu l’assentiment de Stéphane Bern qui, dès 2017, avait fait la même proposition pour toutes les cathédrales quand il avait été chargé par le président de la République de recenser le patrimoine de la France devant être protégé. Il s’appuyait sur les exemples de nos voisins européens… oubliant la spécificité de notre pays et sa loi de 1905. Son idée n’avait finalement pas été suivie. Nécessité budgétaire faisant loi, la voici qui revient sept ans plus tard.
Au moment où son pronostic vital est engagé, le gouvernement a-t-il besoin d’un débat sur la loi de 1905, et donc sur la laïcité ? A moins que ce ne soit l’objectif recherché par Rachida Dati : ouvrir un front sur la laïcité avec en embuscade Bruno Retailleau et le Rassemblement national qui profiteront du débat parlementaire pour présenter des amendements sur le contrôle des mosquées : la survie du gouvernement est au prix d’un plat de lentilles (à la saucisse de porc) qui érode les fondements de notre laïcité.
Dans le contexte budgétaire que l’on connaît, la déclaration de la ministre de la Culture est un bon coup politique : ce seront en effet les touristes étrangers qui combleront une partie du déficit budgétaire français dû à la gestion de son immense patrimoine religieux, dont l’État est propriétaire depuis 1905. En somme, Rachida Dati fait un carton plein politique : elle relance en sourdine le débat sur la laïcité, montre sa créativité budgétaire et lance des œillades au président Macron.
Mais elle révèle surtout sa profonde inculture, sa profonde méconnaissance des ressorts qui fondent notre histoire nationale et, parmi ceux-ci, le pèlerinage, qui était depuis le haut Moyen Âge un vecteur de brassage spirituel des peuples. L’histoire de notre pays est faite de ces échanges : l’accueil de visiteurs venus du monde entier, entrant par la porte nord pour sortir par la porte sud de l’édifice maintenait cet esprit, même désacralisé, d’ouverture aux autres. Rachida Dati est bien dans l’air du temps : l’ouverture de la cathédrale aux marchands du temple, c’est l’esprit de repli identitaire.
Christophe Courtin est membre de la revue catholique « Golias » Le Nl Obs. Source (accès libre)
L’Avis de RLAPLUME sur ce même sujet…
C’est une fois de plus une atteinte à nos spécificités culturelles, politique.
À travers ces différentes fonctions, Mme Dati connaît bien la loi 1905. Ce n’est donc pas une forme d’inculture, mais une position délibérée pour vider de sens, chaque fois un peu plus, le mot LAÏCITÉ !
Donc, cette mise en lumière s’inscrit dans une trajectoire qui vise à détricoter un peu plus les fondements de la République.
Mme la Ministre de la Culture cultive sa raison d’être comme lors de son voyage avec M. Macron : servir ses idées de droite tout en donnant le change pour apparaître moderne, soucieuse d’appréhender les problèmes avec pragmatisme. Sans tabou, il adore cette démarche
Son action comme garde des sceaux a été marquée, en autre, par la création des peines planchers et la modification de la carte judiciaire. A Bruxelles, ses déclarations notamment publiques ont montré son niveau d’implication dans le mandat européen pendant 10 ans. Tout, comme dans le cadre de l’affaire Carlos Ghosn, elle est mise en examen et attend sereine la suite des événements. Parmi ses différentes fonctions, on peut citer celles de maire du 7 e arrondissement, présidente du principal groupe d’opposition au Conseil de Paris et conseillère de la métropole du Grand Paris.
Mme Dati est une personne de qualité possédant une puissance de travail hors du commun. Elle est souriante, élégante, proche de M le président de la République. Ce qui ne l’a pas empêché de déclarer en juin 2021 sur France Inter, en parlant de la République en Marche : « parti de traîtres de gauche et de droite, qui n’est rien sans Emmanuel Macron ».
La composition du gouvernement de M. Barnier lui donne raison. Elle a assez bien anticipé la situation présente, voire facilité, par son entrée dans le gouvernement de M. Attal Gabriel, la nomination du nouveau Premier ministre.
D’ailleurs, cette personne française, née le 27 novembre 1965 à Saint-Rémy, peut porter avec distinction les robes d’avocate, de magistrate et de soirée en tenue traditionnelle marocaine. Ce fut le cas lors du dîner d’État donné par le Roi du Maroc, il y a quelques jours.
Peut-être envisage-t-elle d’autres fonctions ?
Respectera-t-elle mieux l’ ARTICLE PREMIER DE LA CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 :
« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. » ?
RBLAPLUME