Les retraités, un tabou politique

Ce jeudi 28/11/2024, le groupe parlementaire des insoumis à l’Assemblée nationale propose au vote des députés l’abrogation de la réforme des retraites, qui repousse l’âge légal de départ à 64 ans. Le texte a peu de chance d’aboutir car, même s’il était adopté, il serait rejeté au Sénat. Mais qu’importe : Mathilde Panot, la présidente des députés La France insoumise (LFI), en fait un marqueur. Elle veut « abroger ce vol de deux ans de vie des Français ».

« Tout le monde a peur des retraités »

Le débat promet d’être éruptif. Car si la sérénité est souvent reliée à l’âge de la retraite, il est en revanche très compliqué d’avoir des échanges politiques sereins sur ce thème.

Les termes employés le prouvent : la « bataille des retraites » est souvent évoquée, appelant à ce qu’il y ait des gagnants et des perdants et ne laissant place à aucune nuance.

« Tout le monde a peur des retraités. Il est impossible de faire de la politique sur le sujet », confie une députée du camp macroniste. Au moment où la dette française est abyssale, où les intérêts seuls de cette dette sélèvent à 870 euros par Français, chacun doit faire des efforts. Sauf les retraités. Le gouvernement avait prévu de geler six mois les pensions pour économiser quasiment 4 milliards d’euros, mais a dû faire machine arrière.

Ce n’est pas la première fois. En 2017, Emmanuel Macron avait fait campagne sur la jeunesse, et avait demandé aux retraités, sauf aux plus modestes, de payer un peu plus de CSG. Moins de 18 mois plus tard, les mesures décidées à la suite de la crise des gilets jaunes annulaient cette hausse, y compris pour les retraités aisés.

En tant que candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron avait insisté sur le juste effort entre les générations et avait su capter l’attention des Français qui voient leurs petits-enfants, même diplômés, peiner à entrer dans l’emploi, à devenir propriétaires, etc. Le but d’Emmanuel Macron était assumé : investir sur la jeunesse et sur l’éducation des futurs actifs, davantage que sur ceux qui ont leur carrière derrière eux.

Le troisième âge plus riche ?

En tant que président, il a vu ses principes se heurter à la réalité. Les retraités sont puissants : ils sont 17 millions et ils votent plus que les autres. En moyenne, un retraité sur deux a voté pour la présidentielle et les législatives de 2022 contre un jeune sur cinq (moins de 30 ans). Et surtout les retraités ne sont pas un groupe homogène, difficile donc à catégoriser.

Le niveau de vie des retraités est-il plus ou moins important que ceux des actifs ? La réponse n’est pas si simple. « Tout dépend des indicateurs pris en compte. Il est donc important d’objectiver les choses, constate le politologue Bruno Cautrès. Il y a une grande amplitude entre les retraités pauvres et ceux qui sont riches, insiste l’enseignant à Sciences Po Paris. Le tabou politique a une raison démographique. Les retraités représentent un segment important de la popula­tion et on ne peut pas avoir une politique publique qui cible la partie la plus importante de la population. »

Il y a aussi, selon lui, une autre raison plus personnelle : « La retraite est perçue comme une récompense, comme un système assurantiel avec un retour sur investissement. C’est difficile d’expliquer une rupture avec ça, c’est une question de confiance. »

Confiance rompue

Or, la confiance en matière de retraite n’existe pas. Un sondage Odoxa (*) montre que la réforme de 2023 est toujours réprouvée par 57 % des Français, convaincus par ailleurs que d’autres réformes suivront, à 82 %. « Si la retraite est un tabou politique, c’est à cause de l’accumulation de bobards des politiques qui disent que c’est toujours la dernière réforme », relaie un député qui s’est battu contre la réforme sous le gouvernement d’Elisabeth Borne. Les milliers d’amendements déposés pour empêcher le débat sur l’abrogation ce jeudi en séance prouvent que la bataille politique a encore de beaux jours devant elle.


Nathalie Mauret. Le Dauphiné Libéré. 28/11/2024


(*) Baromètre Odoxa – Groupama « les Français et la retraite », réalisée en ligne, en juin et juillet 2024, auprès de 4020 personnes, représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus


Retraites : Une bagarre évitée à l’Assemblée nationale entre le député Nicolas Turquois et d’autres élus

Des députés qui en viennent presque aux mains. C’est la scène surréaliste qui s’est déroulée ce jeudi 28 novembre tard dans la soirée à l’Assemblée nationale, alors que les parlementaires débattaient sur l’abrogation de la réforme des retraites dans le cadre de la niche Parlement de la France insoumise.

Selon les témoignages de plusieurs élus présents dans l’Hémicycle, le député Modem Nicolas Turquois s’est approché du député socialiste Mickaël Bouloux juste après une nouvelle suspension de séance aux alentours de 22 h 30. « Ma famille a été menacée ! Et ce sont des personnes de ton village ! », aurait lancé le premier au second, rapporte Le Figaro.

L’AFP ajoute qu’une source au sein du Modem a expliqué que Nicolas Turquois, opposé à l’abrogation de la réforme des retraites, se serait plaint d’avoir reçu des « menaces, insultes et coups de téléphone » auprès de Mickaël Bouloux. Le chef des députés Modem, Marc Fesneau, a même été obligé de s’interposer entre les deux hommes.

Antoine Léaument affirme avoir failli se prendre « une beigne »

Le député LFI Antoine Léaument affirme aussi avoir été intimidé par Nicolas Turquois. Il est revenu sur l’incident quelques minutes plus tard : « Ce qui s’est passé tout à l’heure est extrêmement choquant (…). L’un de vos collègues a menacé d’abord notre collègue socialiste. Puis alors que je lui demandais de quitter l’Hémicycle, est venu me menacer. »

« Heureusement Monsieur Fesneau que vous étiez là pour retenir le collègue de votre groupe et que les huissiers sont intervenus, car sinon je ne suis pas sûr du fait que je ne me serais pas pris une beigne », a-t-il ajouté. Après cette altercation, Nicolas Turquois a effectivement été escorté en dehors de l’Assemblée nationale.

Marc Fesneau a pour sa part pris la parole pour dit qu’il « regrettait » les gestes de son collègue. « Le député en question s’en expliquera le temps voulu… Il n’y a pas eu d’acte de violence. (…) Ce sont des choses qui arrivent », a-t-il souligné. Ce comportement a pourtant déjà été observé chez Nicolas Turquois, qui a failli en venir aux mains en juillet dernier avec les députés RN Jean-Philippe Tanguy et Émeric Salmon.

À la reprise des débats de cette journée sous tension, le président de séance Xavier Breton (LR) a fait savoir qu’il proposerait à la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet d’évoquer l’incident lors de la prochaine réunion du bureau de l’Assemblée en vue d’une sanction.

La journée s’est achevée à minuit sans que le texte de LFI proposant l’abrogation de la réforme des retraites n’ait été voté. Il restait près de 600 amendements à examiner à minuit, heure limite des discussions, le camp présidentiel ayant ralenti les débats avec l’objectif assumé d’empêcher un vote sur cette réforme emblématique du mandat d’Emmanuel Macron.


HuffPost. Source (lecture libre)


2 réflexions sur “Les retraités, un tabou politique

  1. bernarddominik 30/11/2024 / 14h54

    Avec le point et le figaro le Hufpost mène une campagne anti retraité. Il oublie de dire que pour les retraites au dessus du smic la revalorisation sera légèrement inférieure à la moitié de l’inflation ce qui fait un effort conséquent. Et ce conglomérat de médias oublie de dire que pendant 8 ans la revalorisation a été de 2% en dessous de l’inflation, c’est à dire zéro quand l’inflation ne dépassait pas 2%, sans effet cumulatif, cela a permis de baisser le pouvoir d’achat des retraités d’environ 15%.

  2. Danielle ROLLAT 30/11/2024 / 21h33

    Hélas.. et comme disait un copain syndicaliste les jours de négociation.. « mal parti nous envoie le bonjour.. »

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