Procès du “Canard enchaîné” 

C‘est un petit coup de théâtre.

Alors que le procès de l’emploi supposé fictif au Canard enchaîné doit s’ouvrir le 8 octobre au tribunal correctionnel de Paris, six journalistes du Palmipède ont décidé de se porter partie civile aux côtés de leur collègue Christophe Nobili, qui a révélé l’affaire en 2022.

Parmi eux, on trouve notamment Claude Angeli, rédacteur en chef historique et figure tutélaire du Canard (âgé de 93 ans, il est aujourd’hui à la retraite mais resté pigiste), le chroniqueur littéraire Frédéric Pagès ou le dessinateur Wozniak.

« Il était important que la partie de la rédaction qui n’a pas pu faire entendre sa voix dans les colonnes du journal, puisque la direction le lui a interdit, ne soit pas absente de ce procès, explique Claude Angeli. Cette façon de diriger, qui ne laisse aucune place aux opposants, est inadmissible. On n’est pas chez Bolloré ! Dans cette affaire lamentable, Il est indispensable de rappeler que Le Canard a une éthique et des valeurs. »

Cette histoire aux allures de secret de famille, qui empoisonne la vie du Volatile depuis l’été 2022, a profondément déchiré la rédaction.

Rappel des faits : journaliste au Canard enchaîné depuis une vingtaine d’années, Christophe Nobili a découvert qu’Édith Vandendaele, épouse du dessinateur historique André Escaro, aujourd’hui âgé de 96 ans, aurait été salariée pendant vingt-quatre ans en toute discrétion par le journal pour un total d’environ 3 millions d’euros, charges comprises.

Le système aurait perduré jusqu’en 2020, date à laquelle la « collaboratrice » aurait accédé à la retraite. Confronté au « déni » des dirigeants, à l’époque Michel Gaillard et Nicolas Brimo, Christophe Nobili a déposé plainte contre X pour abus de biens sociaux et recel d’abus de biens sociaux en mai 2022, se plaçant sous le statut de lanceur d’alerte.

De son côté, la direction du Canard avait répondu aux accusations dans ses colonnes en affirmant que ce « montage qui peut paraître un peu acrobatique » était destiné à poursuivre la publication en 1996 des petits dessins (cabochons) de la page 2 d’Escaro, alors que celui-ci souhaitait prendre sa retraite.

Selon le rapport de la brigade financière achevé en 2023, que nous avons pu consulter, la direction du journal n’aurait toutefois pu fournir la preuve d’« aucune prestation concrète » du travail de l’épouse du dessinateur.

Michel Gaillard, Nicolas Brimo, André Escaro et Édith Vandendaele sont renvoyés devant le tribunal judiciaire de Paris ce mardi 8 octobre 2024. Le montant du préjudice a été ramené à 1,45 million d’euros en raison de la prescription légale des faits au-delà de douze ans.

« Mes camarades et moi avons hâte que ce procès ait lieu. Ce sera l’occasion de rencontrer enfin, au bout de vingt-huit ans, notre besogneuse collègue Édith Vandendaele-Escaro », ironise aujourd’hui Christophe Nobili


Richard Sénéjoux. Télérama. (Source extraits)


Une réflexion sur “Procès du “Canard enchaîné” 

  1. Danielle ROLLAT 07/10/2024 / 21h38

    tristesse et dégout aussi..Solidarité avec les journalistes..

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