… Ils en parlent bien plus… mais pas forcément mieux
“La Revue des médias”… affiliée à l’INA, a étudié comment seize chaînes de télé et stations de radio avaient traité ce sujet ces cinq dernières années. Le bilan est positif, malgré l’existence d’un contre-discours antiféministe.
« Comment la “révolution #MeToo” se matérialise-t-elle sur les chaînes d’information et dans les tranches d’information de médias audiovisuels français ? »
Partant de cette interrogation, et à l’occasion du lancement du site d’exploration de données de l’Institut national de l’audiovisuel par l’intelligence artificielle (data.ina.fr), La Revue des médias – elle aussi affiliée à l’INA – publie une étude sur « cinq années de traitement médiatique des violences sexistes et sexuelles ».
Elle se base sur l’analyse de seize chaînes de télé ou stations de radio entre le 1ᵉʳ janvier 2019 et le 30 juin 2024, à des tranches stratégiques en termes d’information : les chaînes d’info en continu BFMTV, LCI, CNews et Franceinfo, entre 6 heures et minuit ; les matinales (6 h-10 h) des radios Europe 1, France Culture, France Inter, France Info, RMC, RTL et Sud Radio ; et les JT du soir (19 h30-20 h40) de TF1, France 2, France 3, Arte et M6.
Premier fait notable, sur le premier semestre de l’année, on n’a jamais autant parlé de « MeToo » : « C’est bien simple, est-il précisé, sur le premier semestre 2024, le terme a déjà été davantage prononcé sur les antennes des seize médias étudiés que sur la totalité de chacune des années précédentes, avec un rapport qui va du simple au double. » L’explication ? « La succession d’affaires et de révélations, notamment dans le monde du cinéma, concernant des personnalités très connues. »
Mais, un peu plus loin, il est à noter que des « actions institutionnelles » (le Grenelle contre les violences conjugales, les Journées internationales des droits des femmes…), le travail de commissions indépendantes, ou encore les mouvements sociaux – « notamment féministes » – participent à cet accroissement de la médiatisation.
Autre enseignement de cette étude, le traitement des violences sexuelles et sexistes serait en hausse de 17 % entre 2019 et 2024. Un mouvement qui trouve sa source dans la couverture accrue de cette thématique par BFMTV et CNews. « Mais attention, tout n’est pas que quantité », précise La Revue des médias, citant la doctorante au Laboratoire des sciences de l’information et de la communication Laure Beaulieu : « On en parle plus… mais pas forcément mieux ! » relève-t-elle, évoquant la présence d’un « contre-discours journalistique de lutte contre le discours féministe ».
Le rapport se clôt toutefois sur une bonne nouvelle : l’usage du terme « féminicide » supplante l’expression « crime passionnel », qui « tend à disparaître » – « si l’on zoome sur les journaux du soir, il n’y a été employé que quatre fois par an en moyenne entre 2019 et 2023 ».
Laurence Le Saux Télérama. Source (Extraits)