Journaliste, reporter de guerre. 3

Quatre femmes, toutes officiants dans les médias « audio où papiers » ; comme journalistes et reporters de guerre, elles viennent chacune de sortir un livre sur leurs engagements tant dans leur vie privée que professionnelle au plus près des guerres. Au même titre que les reporters homme, nous saluons l’éclairage apporté par leurs travaux réalisés au plus près d’événements graves (Éclairage dicté parfois par une certaine vision, un certain angle, une directive éditorialiste) l. MC


Un métier de dingue et de rencontres

Dorothée Olliéric, 58 ans, JT de France 2

« Au moment où je pose le pied dans un univers nouveau, je me sens à ma place, avec l’envie viscérale de découvrir, raconter et témoigner. La plus belle partie de ce métier, ce sont les rencontres avec un Nelson Mandela, un narcotra­fiquant, une mère, un soldat…

Je vais chercher leur humanité, ce qu’ils ont dans les tripes, toujours avec respect et empathie. Ces rencontres plurielles m’ont transformée : dans chaque guerre, il y a des gens aux ressources inouïes, je l’ai encore constaté récemment en Ukraine.

Je ne suis jamais partie « pour » la guerre, j’ai couvert ces conflits « malgré » les risques encourus. Des risques qui ont évolué en trente ans : quand j’ai commencé, au Rwanda, au Kosovo ou en Angola, des obus tombaient, il y avait des chars et des kalachnikov…

Après 2001, on a découvert de nouvelles menaces liées au terrorisme : les risques d’enlèvement — très importants en Syrie, en Irak —, l’horreur de ces combinaisons orange que Daech faisait porter aux journalistes otages.

Depuis l’Ukraine, tout a changé : le champ de bataille est infesté de drones de surveillance et de drones kamikazes qui voient tout. Une tête qui dépasse de la tranchée et t’es mort. Malgré tout, j’ai besoin de cette vie ardente et de ce métier de dingue.

Avec ma famille, j’ai toujours minimisé les moments dangereux. J’ai subi un simulacre d’exécution au Caire en 2013 : je n’allais pas leur donner tous les détails — les yeux bandés, le flingue sur la nuque… C’est une souffrance que je n’avais pas envie d’infliger à Castille, ma fille, 10 ans, ni à mon fils Félix, 12 ans.

Aujourd’hui, la profession prend conscience des risques traumatiques. Je n’ai jamais vu de psy : c’est ma mère, extraordinaire, qui m’a beaucoup écoutée, encaissant comme une éponge tous ces récits au prix de quelques nuits sans sommeil. ».


« Maman s’en va-t-en guerre. Ma vie de grand reporter », éd. du Rocher, 304 p. 19,90 €


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