Grave pollution en 07

Barrage des Collanges : les résultats des analyses de l’eau sont pires que prévu

Une semaine après le démarrage du test de vidange du barrage des Collanges à Saint-Michel-d’Aurance (Nord-Ardèche), la fédération de pêche du département a obtenu les résultats des analyses de l’eau. Les prélèvements avaient été effectués en amont et aval du barrage. Les chiffres sont inquiétants. En aval, le fer est 1239 fois supérieur à la normale, l’aluminium 728 fois et le plomb 58 fois.

Jusqu’où ira cette histoire de vidange du barrage des Collanges ?

Après la constatation de la mort de milliers de poissons jeudi 3 octobre 2024 au matin (un jour après le démarrage du test de vidange du barrage et l’ouverture de la vanne de fond), la fédération de pêche de l’Ardèche avait effectué des prélèvements d’eau qu’elle avait envoyés dans la foulée à un laboratoire de Valence.

Le tout, sous l’oeil d’un huissier de justice. Les résultats font froid dans le dos.

En aval du barrage, le taux de fer est 1239 fois supérieur au taux normal, à savoir 0,2 mg/l. « Actuellement, le taux de fer est de 247,9 mg/l, explique Claude Gallin-Martel, directrice de la fédération de pêche de l’Ardèche. La réalité du terrain parle. Ces résultats en rajoutent à notre rage et notre dégoût. »

« Je n’aurais jamais imaginé que les chiffres soient aussi élevés »

Car aux 274,9 mg/l de fer, il faut ajouter des taux de 153,6 mg/l d’aluminium (728 fois supérieur à la norme), de 291,7 microgrammes/l de plomb (multiplié par 58), de 315,9 microgrammes/l de chrome total (multiplié par 12), de 240,1 microgrammes/l de nickel (multiplié par 12), de 61,9 microgrammes/1 d’arsenic (multiplié par 6,20), de 1 288 microgrammes/l de baryum (multiplié par 1,84) et de 24 microgrammes/l de sélénium (multiplié par 1,2). De nombreux métaux lourds coulent désormais dans l’Eyrieux.

« Ces chiffres confortent ce que l’on pensait, se désole la directrice de la fédération de pêche de l’Ardèche. Je n’aurais jamais imaginé qu’ils soient aussi élevés. C’est vraiment regrettable de ne pas avoir été entendus. »

Selon la fédération de pêche, ces taux élevés de métaux lourds entraîneraient évidemment des dangers environnementaux mais aussi humains : des effets cancérogènes, de démence, des problèmes rénaux, des dommages au cerveau, etc. « On avait le temps de faire les choses correctement et de mettre en place un protocole réfléchi, rappelle une énième fois le président de la fédération de pêche de l’Ardèche, Emmanuel Vialle. Cela fait des années que la fédération constatait que la qualité de l’eau se dégradait chaque année ».

Maintenant, l’économie et le tourisme sont morts.

Emmanuel Vialle rajoute « que cet épisode va impacter le tourisme et la vie de la vallée de l’Eyrieux. On avait réussi à trouver un équilibre précaire avec la Dolce via, maintenant, l’économie et le tourisme sont morts. La vallée a aussi perdu son attrait pour les agriculteurs à qui on a promis de l’eau. Maintenant, ils vont se retrouver avec de l’eau polluée, ils ne pourront plus vendre leur production. On a vu des traces de sangliers au bord de la rivière, s’ils ont mangé des poissons morts, les chasseurs seront aussi touchés. »


Barbara Baglin le Dauphiné Libéré. 10/10/2024


Selon d’autres sources…

Le barrage a été construit sur l’ancienne décharge municipale du Cheylard 07. Des produits toxiques issus de futs industriels y étaient enterrés. On les avait à l’époque, prudemment recouverts d’une bâche géotextile et de quelques pelletées de terre.

La fédération des pêcheurs à prélever de l’eau en amont et en aval du barrage et la fait analyser par le labo Terrana Drôme. Avant le barrage, rien à signaler, l’eau de la rivière Eyrieux qui alimente la retenue, n’est pas chargé de cochonneries. À la sortie, c’est une tout autre histoire (voir le début d’article du Dauphiné Libéré).

Pour curer le barrage, trois solutions se présentaient. Détruire le barrage évacuant ainsi l’eau et les divers sédiments — soit, 1,3 million de mètres cubes. Solution écartée pour éviter des inondations d’habitations en aval. La deuxième solution consistait à évacuer petit à petit l’eau du barrage pour ensuite faire venir des bulldozers des tractopelles afin de curer le fond du barrage. La dernière solution – celle qui fut retenue – ouvrir les vannes en grand pendant un mois, puis attendre un phénomène cévenol pour lessiver et chasser les sédiments vers la basse rivière. L’ouverture des vannes en grand fut réalisée dans la nuit du 2 au 3 octobre. Le lendemain des milliers de poissons morts gisent sur plus de 2 km en aval du barrage. La vase épaisse polluant les berges pour plusieurs années, s’est répandue sur bon nombre de kilomètres.


4 réflexions sur “Grave pollution en 07

  1. rblaplume 11/10/2024 / 18h43

    C’est consternant. Plus les progrès de la science nous éclairent sur les conséquences d’actes parfois jugés inconséquents et plus les solutions pour remédier ou anticiper des drames sont balayées avec brutalité.
    Plus on invoque l’esprit de responsabilité et plus on enchaîne des actions irresponsables !
    RBlaplume

  2. Danielle ROLLAT 11/10/2024 / 22h00

    Solidarité avec les Populations, les professionnels impactés par cette triste pollution.. Espérons une réaction des pouvoirs publics, et une prise en charge éventuelle..à la hauteur des besoins.. ici, silence radio dans les médias..

    • Libres jugements 12/10/2024 / 10h52

      lors de la construction de ce barrage personne ne pouvait ignorer qu’une grande partie de la zone à inonder haver précédemment servi de décharge publique notamment d’un certain nombre de produits nocifs introduits dans des bidons ne pouvant que ce désagréger au fil des années.
      Le simple fait d’avoir recouvert ce tas d’immondices par une toile et quelques centimètres de terre ne pouvaient que conduire à la catastrophe un jour ou l’autre.
      Bien évidemment cette vallée de l’Eyrieux au demeurant très touristique l’été se retrouve depuis la vidange de ce barrage interdit à la fois à la pêche mais à la baignade et par conséquent renvoie les touristes dans d’autres lieux de séjour.
      Bien évidemment une catastrophe écologique locale intéresse peu les médias nationaux… mais dans le même temps faut bien dire qu’à part la fédération de la pêche, les écologistes du coin n’ont pas manifesté plus que ça contre cette calamité.
      Michel

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