… mais pas leurs dirigeants
Une enquête. Un sondage dont nul ne peut donc garantir les résultats. Mais il est fait par des gens sérieux, ceux de Global Commons Alliance (1) et d’Earth4All. Des Américains.
L’institut Ipsos Mori a interrogé pour eux 22 000 citoyens de 22 pays, pauvres, très pauvres ou riches, sur l’état de la planète (2). La première évidence, c’est que les pouilleux du Sud morflent davantage que nous, qui avons pourtant créé le chaos.
Ainsi, 59 % des consultés pensent que la nature est déjà trop esquintée pour continuer à satisfaire les besoins humains sur le long terme. Mais attention, ce n’est qu’une moyenne. Ils sont 81 % de cet avis en Turquie, 75 % au Brésil et en Inde. Bien à l’abri derrière leurs barrières de pacotille, ils ne sont plus que 34 % aux États-Unis, 35 % au Canada, 42 % en Grande-Bretagne, 43 % en Australie. Esquintée ?
L’écologie scientifique a forgé l’expression « tipping point » – « point de bascule » seuil au-delà duquel un écosystème s’effondre, provoquant d’irréversibles changements. Parmi les points recensés, la fonte de la calotte glaciaire au Groenland, la fonte du sol gelé – permafrost – aux latitudes arctiques, l’arrêt total ou partiel du Gulf Stream, etc. Nous en sommes très proches, bien plus proches que les innombrables cuistres, qui s’en foutent, ne s’en doutent.
Or l’étude montre une conscience planétaire surprenante de ce phénomène. En moyenne, 73 % estiment que la planète est proche de ces points de bascule à cause de l’action humaine. Mais, à nouveau, il y a le Nord, et le Sud. Ils sont 86 % en Indonésie, 85 % en Turquie, 83 % au Brésil, 78 % au Mexique, 76 % en Afrique du Sud. Mais seulement – cela reste énorme – 60 % aux États-Unis, e% au Japon, 65 % en Grande-Bretagne.
Il faudrait donc agir au plus vite, et tiens, justement, les sondés ne marchent pas dans les blabla habituels. 69 % jugent que l’on doit se foutre du prix d’une vraie politique de sauvegarde. Plus précisément, ils affirment que la question du coût passe après. Et ils sont 87 % au Brésil, 85 % en Indonésie, 82 % en Chine (!), mais seulement 44 % en France, où l’on ne rechigne jamais à tout saloper.
Encore plus fort : 74 % assurent qu’il faut aller au-delà du sacro-saint PIB et du profit, et que leurs gouvernements devraient s’attacher bien plus à la santé, au bien-être et à la protection des écosystèmes. Les plus gros pourcentages sont sans surprise au Sud, mais dans la Russie du psychopathe, 84 % sont d’accord. Et encore 68 % dans les États-Unis menacés de mort par Trump.
Toujours plus loin : les patrons des grandes boîtes, les hauts fonctionnaires devraient être considérés comme des criminels quand ils lancent, autorisent, approuvent des actions dont ils savent qu’elles auront un effet délétère à long terme sur la nature ou le climat. Combien sont-ils à défendre ce beau point de vue ? 85 % en Argentine, chez ce Javier Milei émule de Trump. Et même 91 % au Kenya, et encore 57 % en… Arabie saoudite.
Allons, tout n’est (peut-être) pas perdu en France. Malgré des années de propagande climatosceptique, nous serions seulement 21 % à juger suffisante l’action publique gouvernementale en faveur du climat et contre la dégradation écologique. Et 72 % à nous montrer convaincus que santé et bien-être des humains dépendent de la santé et de l’équilibre de la nature.
Arrivés à ce stade, cessons de lire, et passons en revue quelques événements de France. Pas un seul politicien, fût-il de gauche, fût-il Mélenchon soi-même, ne nous parle jamais de l’état réel du monde. Et de la France. Les journaleux, aussi incultes que feignasses, s’ébaubissent de l’arrivée d’un Barnier à l’Élysée à vélo.
Quelle audace ! Quel grand écologiste ! Juppé avait fait le même coup en 2007, quand il avait été nommé ministre de l’Écologie. Hidalgo et tant d’autres l’ont fait aussi, Macron jurait vouloir « Make Our Planet Great Again » en 2017. La bonne nouvelle, car il y en a une, c’est qu’il existe partout dans le monde des masses humaines prêtes au changement.
Les peuples veulent, les dirigeants sont sourds. Et aveugles. Criminels ? Cela va de soi.
Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 25/09/2024
Les plus nombreux sont ceux qui ne payent pas. Comme d’habitude. Ceux qui n’étaient pas d’impôts trouvent que ceux qui en payent n’étaient pas assez. Et ceux qui en payent pensent que ceux qui n’en payent pas devraient en payer. Si tout le monde participait la question serait différente.
Il va bien falloir trouver des financements… lesquels ?
– en réduisant le nombre de fonctionnaires ?
– en déremboursant un peu moins les prestations de la sécu et des mutuelles, mais – en faisant cotiser davantage ?
– en supprimant un nouveau jour férié ?
– en augmentant les impôts et taxes, et en réintroduisant la taxe d’habitation
suprimée depuis quelques années ?
– en ne revenant pas sur le projet tant décrié de réforme des retraites ?
– en augmentant encore les tarifs des énergies ?
Terrains très glissants…
Ces salauds de pauvres qui ne veulent pas payer et devenir encore plus pauvres, incompréhensible!